Résumés
Résumé
Dans Le Temps Retrouvé, après avoir longtemps tenu tête à ses maîtres aussi bien qu’à certains personnages appartenant à sa classe sociale, Françoise doit résister à d’autres menaces de sujétion discursive lors de l’éclatement de la Grande Guerre. Comme toujours, sa résistance se déploie sur un plan intersectionnel, connoté par des conflits qui ont trait à la fois à son genre, à sa classe sociale d’appartenance et aux péculiarités de son usage de la langue. Ses luttes verbales avec le protagoniste / narrateur commencent dès sa première apparition dans Combray, et assument pendant le conflit une intensité qui gagne à être relue à la lumière d’une véritable socio-politique de la dispute entre sujets parlants. Cet aspect du personnage de Françoise a déjà été étudié par quelques critiques. Il est quand même frappant qu’il n’y ait pas d’étude sur Françoise dans Le Temps Retrouvé, quand elle est pourtant la seule femme avec qui le protagoniste partage sa maison.
Pendant la guerre, Françoise est une femme âgée appartenant à une classe inférieure, à qui le rôle de domestique dans une famille de la haute bourgeoisie donne accès à des hommes de pouvoir. Face à la Terreur qui menace sa famille et ses proches, et à la propagande nationaliste qu’elle comprend à sa façon, elle fait alors appel à son expérience d’espionnage et d’interprétation du discours des maîtres. Elle s’engage en fait avec ténacité dans le projet de soustraire les jeunes hommes à qui elle tient de l’anonymat et du massacre. D’autre part, elle doit se défendre des pièges sadiques que lui tend le concierge de l’hôtel des Guermantes, qui fait preuve du plaisir qu’un certain type de masculinité ressent en plaçant des sujets féminins dans l’ignorance. En plus, le narrateur se plaît à humilier une femme qui garde sur lui un regard attentif et intelligent, en ridiculisant ses fautes de français et son incompréhension de la politique internationale. Et cependant, le narrateur admire aussi sa résistance aux absurdités du « bourrage de crâne ». En effet, en tant que femme âgée, socialement subordonnée et parlant une langue minoritaire, la « vieille servante » construit un véritable contre- discours qui lui permet de garder son agence épistémique et pragmatique.
Mots-clés :
- résistance discursive,
- féminisme,
- marxisme
Abstract
In Le Temps retrouvé, Françoise, who has long resisted both her employers and certain characters from her own social class, is confronted with new forms of discursive subjection as the Great War breaks out. As always, her resistance unfolds on an intersectional level, shaped by conflicts tied to her gender, her social position, and the particularities of her use of language. Her verbal struggles with the protagonist-narrator begin with her first appearance in Combray, but during the war they take on an intensity that invites rereading through the lens of a genuine socio-politics of dispute between speaking subjects. Some critics have already drawn attention to this aspect of Françoise’s character. It is nevertheless striking that no study has been devoted to her in Le Temps retrouvé, even though she is the only woman with whom the protagonist shares his home.
During the war, Françoise is an older working-class woman whose position as a servant in an upper-bourgeois household gives her access to men in positions of power. Faced both with the terror threatening her family and loved ones and with nationalist propaganda, which she interprets in her own way, she draws on her experience in espionage and in decoding the discourse of her employers. She is in fact steadfastly committed to rescuing the young men she cares about from anonymity and slaughter. At the same time, she must defend herself against the sadistic traps set by the concierge of the Guermantes residence, who exemplifies the pleasure a certain kind of masculinity takes in placing female subjects in a position of epistemic deficit. The narrator, too, takes pleasure in humiliating a woman who keeps an attentive and intelligent eye on him, mocking her mistakes in French and her limited grasp of international politics. And yet he also admires her resistance to the absurdities of indoctrination. As an older woman, socially subordinate and speaking a minority language, the “old servant” thus constructs a genuine counter-discourse that enables her to preserve her epistemic and pragmatic agency.
Keywords:
- discursive resistance,
- feminism,
- Marxism
Parties annexes
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