En 2020, l’assemblée générale des Nations Unies « a proclamé la période comprise entre 2022 et 2032 Décennie internationale des langues autochtones (IDIL 2022-2032), afin d’attirer l’attention du monde entier sur la situation critique de nombreuses langues autochtones et de mobiliser les parties prenantes et les ressources pour leur préservation, leur revitalisation et leur promotion » (https://www.unesco.org/fr/decades/indigenous-languages). Afin de souligner cette initiative, Études Inuit Studies nous a invités à diriger un numéro thématique sur les « langues inuit », une expression à comprendre ici comme incluant toutes les formes de langage ancestral propres aux populations inuit et yupik, qu’il s’agisse des dialectes kalaallisut du Groenland, des langues yupik d’Alaska du sud-ouest et de l’extrême nord-est de la Tchoukotka russe, ou encore des nombreuses variétés d’inuktut canadien et d’iñupiatun alaskien. Nous avons décidé qu’au lieu de traiter de « préservation » et de « revitalisation », comme la proclamation des Nations unies semblait nous y inviter, il serait plus positif, et plus proche du point de vue des communautés inuit et yupik d’aujourd’hui, de demander à nos collaborateurs pressentis d’exposer des pistes de réflexion et de décrire des initiatives concrètes facilitant la compréhension et la consolidation des langues inuit dans le futur immédiat. Nous envisagions des articles et des notes de recherche traitant de la situation sociale et culturelle actuelle de ces langues, plutôt que de phonologie, de grammaire et de lexicologie structurales, ou de méthodologies très techniques. On pouvait accepter des textes portant sur le changement langagier, la sémantique et la linguistique historique, pourvu qu’ils contribuent à une meilleure compréhension de la manière dont les Inuit interagissent avec la société contemporaine, à travers leur vision du monde et l’utilisation qu’ils font de la langue. Dans la mesure du possible, les sujets présentés devaient refléter le point de vue des communautés inuit locales, plutôt que d’adopter une optique académique sans rapport avec les préoccupations autochtones. Pour y arriver, nous avons encouragé les locuteurs natifs à contribuer au numéro en tant qu’auteurs ou co-auteurs. Qui plus est, ceux qui le désiraient pouvaient soumettre des documents sonores et visuels présentant des opinions et témoignages locaux sur divers aspects des langues inuit. À travers différents canaux, nous avons fait circuler parmi les chercheurs, professionnels et activistes intéressés par les questions langagières dans l’Inuit Nunangat une liste de sujets que nous considérions pertinents pour notre thème. Cette liste comprenait les suggestions suivantes : Ces suggestions couvraient un territoire très large et, naturellement, seules certaines d’entre elles ont donné lieu à la soumission de textes. Toutefois, comme nous le verrons maintenant, les huit documents faisant partie de la section thématique de ce numéro traitent de plusieurs des points énumérés ci-dessus, et ceci selon différentes perspectives disciplinaires, géographiques et épistémiques. Nous avons choisi d’ouvrir la section thématique avec une contribution assez originale, le « Kontakion for Mick Departed » [Kontakion pour Mick trépassé] de Iain MacDhômhnaill de Chlann Raghnaill, aussi connu comme John MacDonald of Clanranald, coordonnateur à la retraite du Centre de recherche d’Igloolik au Nunavut. C’est un poème plein de respect, quoique parfois humoristique, en mémoire de S.T. Mick Mallon (1933-2023), qui a joué un rôle majeur durant les années 1970 et 1980 dans plusieurs initiatives visant à valoriser l’inuktitut et, ainsi, mettre la table pour l’avènement des réalisations sociales et éducatives contemporaines impliquant la langue inuit au Canada. Le poème mentionne le travail de la Commission sur la langue inuit pour la réforme de l’orthographe, le développement parallèle d’une sphère de caractères pour machine à écrire Selectric d’IBM, qui permettait l’usage d’une police syllabique révisée, ainsi qu’une série de colloques pour interprètes …
Inuit uqausingitta nalliutijuksauningat isumagiluguImaginer le futur des langues inuit[Notice]
…plus d’informations
Jaypetee Arnakak
Inhabit Media, Toronto
jarnakak@gmail.comLouis-Jacques Dorais
Centre interuniversitaire d’études et de recherches autochtones (CIÉRA), Université Laval
Louis-Jacques.Dorais@ant.ulaval.caAlana Johns
Département de linguistique, Université de Toronto
alana.johns@utoronto.ca
