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Introduction: cultures inuit, gouvernance et cosmopolitiquesIntroduction: Inuit cultures, governance and cosmopolitics[Notice]

  • Frédéric Laugrand

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  • Frédéric Laugrand
    CIÉRA, Université Laval, Pavillon Charles-De Koninck, local 0450, 1030 avenue des Sciences-Humaines, Québec, Québec G1V 0A6, Canada
    Frederic.Laugrand@ant.ulaval.ca

Du Groenland au Nunatsiavut (Labrador), du Nunavik au Nunavut, des Territoires du Nord-Ouest à l’Alaska et même dans les régions urbaines du Sud, les Inuit n’ont pas cessé de souligner la nécessité d’un respect mutuel des valeurs, des langues et des traditions. Ces revendications sont fréquemment exprimées sur le plan politique, tantôt par des revendications autonomistes, tantôt par la mise en place de politiques locales, tantôt par des déclarations publiques. Aujourd’hui, alors que les États reconnaissent l’importance grandissante des régions nordiques sur le plan économique et géopolitique, les Inuit entendent faire valoir leurs points de vue tout en maintenant un dialogue avec les populations du Sud et les gouvernements, espérant trouver dans cette position ouverte et pragmatique l’assurance de voir leurs communautés gagner du bien-être et des réformes attendues depuis longtemps en matière de logement, d’éducation, de santé et de services sociaux, par exemple. Dans l’Arctique, de nombreux exemples dans des champs aussi variés que ceux de l’économie, de la politique, de la religion, de la langue, de la culture, etc. montrent que ce défi anime les acteurs à différents niveaux. En Alaska, citons, par exemple, ces initiatives des Yupiit et des Inupiat qui ont décidé depuis longtemps déjà de reprendre la chasse à la baleine, réitérant leur volonté de prendre en main leur futur, notamment sur les plans économique et environnemental. Au Groenland, citons les débats mouvementés dans les domaines de l’éducation et de l’exploitation des hydrocarbures, les Kalaallit brandissant régulièrement l’idée de renégocier le Home Rule. Au Nunavik, au Nunatsiavut et parmi les Inuvialuit, la gouvernance et les enjeux politiques demeurent des sujets brûlants pour les gouvernants comme pour les communautés qui, après plusieurs années d’expériences de cogestion et de partenariats avec les Qallunaat, souhaitent se faire entendre davantage. Il est vrai que les populations locales deviennent de plus en plus exigeantes, pas seulement face au pouvoir postcolonial mais également vis-à-vis de leurs propres leaders dont elles exigent qu’ils soient plus actifs, transparents et à l’écoute des besoins communautaires. Au Nunavik, par exemple, les Inuit attendent d’être consultés et impliqués davantage dans la mise en oeuvre du Plan Nord qui, à leurs yeux, ne pourra se réaliser sans que le gouvernement provincial rende visibles les retombées sociales et économiques de ces activités pour les populations locales et respecte pleinement l’environnement fragile du Grand Nord. Il est vrai que pour les Inuit, la circulation sur le territoire et la chasse aux animaux restent considérées comme des activités au fondement de leurs cultures (Laugrand et Oosten 2014). Face à ces exigences, les gouvernements provincial et fédéral n’ont donc d’autres choix que de négocier et de respecter davantage les perspectives et les valeurs des Inuit. Au Nunavut, cette attitude à la fois conciliante et exigeante des Inuit est devenue plus visible dans les institutions et les politiques. On se souvient de l’introduction il y a une dizaine d’années de l’Inuit qaujimajatuqangit, «les savoirs de jadis toujours valides pour l’époque contemporaine». L’introduction de ce dispositif a en effet permis aux Inuit du Nunavut de mieux incorporer leur langue, leurs pratiques et leurs valeurs ancestrales dans les nouvelles institutions modelées sur celles d’Ottawa. Dans son tout dernier rapport intitulé Achieving saimaqatigiingniq et publié en octobre 2010, la Qikiqtani Inuit Association poursuit cette logique mais recommande qu’au terme d’une histoire mouvementée marquée par des abus et une politique d’assimilation (sédentarisation, relocalisations forcées, tueries de chiens, etc.), Inuit et non-Inuit soient à présent capables de se réconcilier et de renouer le dialogue. Le rapport insiste pour qu’Inuit et Qallunaat démarrent une nouvelle relation basée sur le respect mutuel des valeurs et des traditions. …

Parties annexes