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Écrire avec Annie Ernaux

Fragments de lettres d’Annie Ernaux à Sarah Granereau. Inédit[Notice]

J’ai aimé votre récit […] et je l’ai lu comme un prélude à un récit plus vaste, qui saisirait une enfance et une jeunesse à la fois ancrée dans un lieu et dans une sphère militante. La référence au film Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes – je l’ai revu l’an dernier avec, toujours, autant de plaisir – s’impose en effet. […] À la question que vous posez, suis-je légitime pour écrire cette histoire, qui fait partie de notre histoire française, je réponds oui en ne vous cachant pas que ce sera, parfois, difficile. Toute écriture l’est. Mettre au jour ce que votre travail contient de sociologique, de politique et d’intime, de façon inséparable, me paraît un projet tout à fait pertinent. Faites attention à ne pas figer votre approche avec des notions que la critique journalistique a vulgarisées sans, j’ose dire, réflexion, telle que « l’écriture plate », expression que je n’ai jamais reprise après l’avoir utilisée dans La place, avec le sens de factuel. Je vous ai proposé de répondre à vos questions mais je vous apporterai seulement des précisions sur quelques points, car, si vous lisez L’atelier noir, mon journal d’écriture, vous verrez combien je ne suis sûre de rien, je vois seulement après coup ce que j’ai fait. Les éclairages de certains travaux universitaires sont très fort utiles. Il me semble que vous avez absolument eu raison de commencer par l’écriture personnelle, la création, parce que, en effet, c’est d’elle que naît le questionnement. Aucune problématique ne se construit sur du rien. [Votre récit] que je viens de finir est bien à la fois un récit de deuil et un récit de transmission. Comme le sont La place et plus encore Une femme. J’ai été très sensible dans votre récit - qui est aussi un journal (intime) – à la présence si forte de votre père dans votre construction d’identité, dans ce que vous êtes devenue, il vous a conduite vers votre « place ». Avant d’envoyer [votre création] à un éditeur, il faut, je pense, encore élaguer. J’ai retenu de la romancière anglaise Jean Rhys ce conseil, cet ordre même : « Coupez ! » […] Ne pas aller au-delà, rester toujours en deçà de l’effet, l’émotion. Stendhal dit aussi quelque chose de ce genre. Courage donc, encore ! Mais n’est-ce pas un plaisir aussi de travailler un texte intimement lié à soi ?

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