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Présentation. Prier avec style. Esthétique et poétique de la prière de langue d’oïl[Notice]

  • Ariane Bottex-Ferragne

Malgré leur rôle de premier plan au sein de la production textuelle médiévale, les prières de langue d’oïl demeurent à ce jour dans l’angle mort des études littéraires. Alors que les travaux d’histoire des idées et des croyances les abordent volontiers sous l’angle de leur contenu spirituel et religieux, voire de leurs fonctions sociologiques et anthropologiques, ces oeuvres qui font pourtant partie intégrante du dynamisme de l’art littéraire médiéval restent encore en marge de l’histoire des lettres – comme si leur dimension esthétique et formelle s’effaçait, aux yeux de la critique, devant le poids de leur finalité religieuse. Si le désintérêt des littéraires s’explique sans doute en partie par l’influence encore constitutive des idéaux modernes de l’art pour l’art dans la définition de nos disciplines, cette mise au ban ne trouve aucune justification dans la réalité concrète des textualités médiévales. Loin de se limiter à une forme secondaire ou accessoire à la vitalité de ce corpus, la prière s’impose au contraire comme l’une de ses constantes les plus essentielles. Non seulement elle dialogue avec les formes, les motifs et les procédés les plus caractéristiques de cette littérature, mais elle s’intègre volontiers au tissé poétique des oeuvres elles-mêmes : depuis l’épopée jusqu’au roman en passant par le théâtre, le récit bref, la poésie et la chanson, la prière est partout présente dans toute la diversité des genres vernaculaires, où elle joue des fonctions toujours variées, qui restent encore à explorer. Car la question plus générale de la prière – considérée comme catégorie esthétique à part entière – n’a fait l’objet d’aucune réflexion collective et orientée depuis la parution il y a déjà plus de quarante ans d’un ouvrage collectif consacré à La prière au Moyen Âge. Réunissant plusieurs médiévistes importants, ce travail incontournable mais ancien mérite, voire exige, aujourd’hui une suite. Ce dossier « Prier avec style. Esthétique et poétique de la prière de langue d’oïl » vise à répondre à la nécessité de cette mise à jour, en espérant susciter un regain d’intérêt pour cette forme à la fois essentielle et négligée. En invitant à cette nouvelle entreprise de réflexion collective des chercheuses et des chercheurs de spécialisations variées, il s’agit de repenser les modalités esthétiques et poétiques de la prière de langue d’oïl telle qu’elle s’exprime dans les principales catégories littéraires de ce corpus (poésie, récit, théâtre). Il s’agit plus précisément d’attirer l’attention sur les prières originales de langue d’oïl, soit celles qui se posent à distance des cadres de la liturgie officielle et des modèles latins consacrés afin de proposer une expérience artistique et spirituelle nouvelle, qui soit propre à la jeune littérature française. Omniprésente et protéiforme, la prière de langue d’oïl s’impose comme une forme dominante, d’un point de vue simplement quantitatif, dans la réalité des pratiques littéraires médiévales. Selon les données du principal répertoire des prières de langue française, ce sont pas moins de six mille huit cent soixante-quinze prières en vers et en prose datées du xie au xve siècle qui s’intègrent au paysage littéraire médiéval par des avenues variées, allant du simple poème précatif jusqu’aux textes issus de bréviaires, livres d’heures et légendiers, en passant par toute la diversité des prières insérées à des ensembles narratifs et textuels plus vastes. Le nombre saisissant des prières connues et recensées devient d’autant plus remarquable lorsqu’il est mis en contraste avec ceux d’autres formes brèves médiévales qui sont beaucoup mieux documentées et étudiées. Que l’on pense par exemple à la poésie des troubadours, domaine classique et solidement établi servant pratiquement de porte d’entrée aux études littéraires médiévales et qui est représenté par deux mille …

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