Ce livre vise à nous faire découvrir et comprendre comment, dans des contextes socioculturels différents, les gens du commun, les artistes, les scientifiques, les peuples autochtones, les citadins ou les ruraux, conçoivent les chiroptères. L’ambition ici est de dévoiler des imaginaires, des savoirs, des relations, des images et des usages multiples qui se sont construits autour des chiroptères dans différents collectifs humains de l’Occident à l’Austronésie, en passant par l’Amérique du Sud, l’Asie et l’Afrique. Les auteurs s’appuient pour cela sur un riche corpus d’enquêtes ethnographiques qu’ils ont réalisées aux Philippines à partir de 2012. Ils mettent également en dialogue une vaste littérature exploitée dans divers domaines du savoir, notamment les sciences sociales, l’histoire de l’art, les sciences biologiques, les sciences de la nature, les sciences de la santé. L’ancrage théorique et conceptuel de l’ouvrage quant à lui met grandement (et pas exclusivement) à contribution les récents travaux de Descola (2005) pour donner à l’analyse sa spécificité anthropologique. Sa théorie des quatre ontologies, mobilisée à longueur de l’ouvrage, permet ainsi aux auteurs de mieux tracer les contours et la spécificité des modes d’identification et des formes de relations que les humains peuvent développer ici et là autour des chiroptères. En toile de fond du livre, les auteurs défendent l’idée que ces animaux ne méritent ni le statut d’ennemis qu’on leur a longtemps attribué, notamment en Occident, ni l’indifférence quant à leur sort. Cette conviction nous paraît structurer les quatre grandes parties du livre et les auteurs ont recours au concept de « synanthropie » pour démontrer combien ces êtres pourraient s’avérer des alliés exceptionnels pour les humains, par exemple pour le rétablissement des équilibres écosystémiques dont le monde a tant besoin (p. 30). Dans la première partie, les auteurs rappellent d’entrée de jeu que nulle part dans le monde, les représentations et les usages autour des chauves-souris ne sont monolithiques. C’est plutôt l’ambiguïté/ambivalence de ces êtres qui est presque partout constante. On la dénote aussi bien dans les mondes où cohabitent les schèmes de l’analogisme et de l’animisme, comme c’est le cas aux Philippines, que dans les cultures totémiques de l’Austronésie. Après cette mise au point, la présentation des données ethnographiques sur les comportements envers les chauves-souris commence dans l’archipel des Philippines, chez les populations blaan, alangan, iraya, tagalog entre autres. Dans les deux chapitres suivants, l’étude va s’élargir à d’autres groupes humains en dehors des Philippines, couvrant ainsi une vaste zone qui s’étend de Taïwan à la Nouvelle-Zélande, de Madagascar à la Papouasie Nouvelle-Guinée, de l’Australie à l’Inde et l’océan Indien et même à une frange maritime du Moyen-Orient. Il est alors répertorié un éventail d’attitudes envers les chiroptères, qui sont tantôt conciliantes, tantôt méfiantes, voire répulsives, mais dont l’un des points communs est de ne pas placer l’humain au sommet de la hiérarchie du vivant et d’admettre, au contraire, des interdépendances entre les existants. Toutefois, remarquent les auteurs, plus le schème de la production s’enracine dans un monde via l’occidentalisation et la mondialisation, plus les chiroptères tendent aussi à être considérés comme des bêtes nuisibles dont il faut éloigner ou supprimer la présence près des humains. La deuxième partie est précisément consacrée à l’espace occidental où les perceptions négatives et l’inimitié envers les chiroptères prédominent. Ce constat émane de l’exploitation de sources historiques, folkloriques, littéraires et scientifiques qui confirment par ailleurs la constance d’une certaine ambivalence de ces êtres qui échappent à la pensée classificatoire. Au fil des époques, on découvre comment le champ sémantique de la chauve-souris s’enrichit de nouvelles images et étiquettes qui l’associent à toutes sortes de travers. Démoniaque volatile à l’époque médiévale, mal-aimée ou …
Parties annexes
Références
- Descola, Philippe, 2005, Par-delà nature et culture. Paris, Gallimard.
