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La migration transnationale d’un patrimoine vivant Le cas de la fête du Ngondo des peuples sawa célébrée à Montréal et à Douala[Notice]

  • Robinson Ngametche

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  • Robinson Ngametche
    Université Laval

Le festival Ngondo Afro-Monde de Montréal est la représentation de la fête traditionnelle camerounaise dénommée Ngondo, célébrée par les peuples sawa au bord du fleuve Wouri à Douala pendant la période de fin d’année. Cette fête voit le jour à Montréal pour la première fois en 2009 par l’événement « Ngondo ô Canada 2009 », sous la coordination du président du Ngondo, sa majesté le prince René Douala Manga Bell. Cette fête se caractérisant par des rituels et des processions liés à l’environnement, le Ngondo attire la curiosité d’un très grand public. L’étude de la fête du Ngondo au Cameroun et au Canada me semble importante afin de pouvoir établir une comparaison à travers notamment les différences, le changement ou les transformations qu’elle a connues, compte tenu des nouvelles réalités dans un pays d’accueil. Le Ngondo est l’Assemblée traditionnelle et la fête annuelle des Sawa du Cameroun, et sa mission est d’invoquer les esprits des ancêtres, de régler les litiges et les tensions entre les différents clans, aussi mystiques soient-ils, pour trouver des solutions appropriées et consensuelles aux problèmes que rencontrent les populations, ceci par le biais des rituels et des processions destinés à améliorer les conditions de vie des peuples (Doumbé Moulongo 1972). Le Ngondo, à l’origine, était considéré comme une instance juridictionnelle prenant des décisions exécutoires ; il représentait un organe de régulation des termes d’échanges ; il était en outre le moyen imparable par lequel tout Sawa pouvait comprendre le monde et son environnement. À cet effet, le Ngondo représentait l’alpha et l’oméga de toute personne faisant partie de la lignée sawa (Élamé 2006). Esoh Élamé, dans son étude, va plus loin en soutenant que le Ngondo en tant que forme de religion traditionnelle africaine, est omniprésent dans la vie quotidienne car il incarne la culture chez les peuples sawa. Il ne constitue pas seulement le moment des festivités. C’est un processus accompagnant chaque Sawa de la naissance à la mort et son contenu est précieux pour l’édification de l’identité de l’individu (Élamé 2006). Le Ngondo apparaît au demeurant à la fois comme un mode de vie et comme une fête traditionnelle très significative pour les peuples sawa. Ses festivités ont lieu généralement vers la fin de l’année, soit la première semaine du mois de décembre ; elles commencent à partir de l’annonce officielle par les chefs Sawa du thème retenu cette année-là et de la période devant couvrir les événements. Il se caractérise par un défilé carnavalesque dans les rues de Douala, le dépôt de gerbes de fleurs sur les tombes des héros sawa, des rituels tels que la messe de l’eau où on assiste à l’immersion du vase sacré dans le fleuve Wouri, l’exposition d’objets d’art, enfin son apothéose qui se caractérise par la liesse populaire lors de multiples jeux et concours (Épée 2006). Le déplacement d’une délégation camerounaise pour présider à cette fête au Canada ne pouvait que susciter beaucoup d’émotion, tant au Cameroun qu’ici au Canada. Pourquoi doit-on pratiquer une fête traditionnelle comme le Ngondo hors de son contexte d’origine ? Pourquoi doit-on déplacer le Ngondo ? Est-ce qu’un Ngondo à l’étranger n’est pas la profanation des valeurs ancestrales sur lesquelles se base toute la mémoire même de cette fête ? N’est-ce pas une transformation totale de la fête ? Répondre à ces interrogations constitue le fond de cet article. Ma recherche vise à mieux comprendre comment la fête du Ngondo à Montréal prend un sens tout à fait différent de celui qu’elle a au Cameroun, selon les contextes et les situations de pratiques qui varient d’un lieu à un autre. Il est …

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