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IntroductionLe travail enseignant en contexte linguistique minoritaire au Canada [Notice]

  • Nathalie Bélanger

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  • Nathalie Bélanger Université d’Ottawa

Le travail quotidien du personnel enseignant est complexe (Tardif et Lessard, 1999). Longtemps assuré par des membres de congrégations religieuses et des femmes, et considéré comme allant de soi pour quiconque en aurait la vocation, il relèverait essentiellement de l’immersion dans le métier et de la technique apprise. Au statut d’abord impensé, ce travail pourtant centré sur autrui et qui engendre des conséquences déterminantes pour les élèves et la société en général fait dorénavant l’objet de formations universitaires. Tardif et Lessard (1999) en font une lecture au croisement des sociologies de l’éducation et du travail en y relevant la dimension interactionnelle centrale, mais aussi le caractère normatif qui se déploie tant par rapport au groupe avec lequel le personnel enseignant interagit qu’avec les élèves pris individuellement. Les relations qui se nouent avec les collègues et la direction, l’activité d’interprétation du curriculum prescrit, le rôle que joue la langue dans toute situation d’enseignement et l’accumulation de petites tâches qui meublent le quotidien et nourrissent un savoir d’expérience, lequel complète le savoir acquis lors de formations initiales et en cours d’emploi, en sont d’autres dimensions. En plus de s’assurer que les élèves acquièrent les apprentissages prévus au curriculum, ce travail exige de plus en plus de nouvelles compétences comme savoir agir dans l’urgence et prendre des décisions dans l’incertitude (Perrenoud, 1996) ou comprendre comment affronter les épreuves (Barrère, 2002, 2017). C’est un travail qui s’inscrit dans des cultures organisationnelles d’établissement existantes où les relations entre les enseignant·e·s et entre ceux-ci et celles-ci et leurs groupes d’élèves sont centrales (Rufin et Payet, 2017). Le « métier enseignant » fait partie, selon Perrenoud (1994, 1996), des « métiers de l’humain » qui requiert, outre la connaissance des contenus à enseigner, la mobilisation d’un ensemble de savoirs issus de la recherche, de l’expertise professionnelle et de l’expérience acquise. En cela, l’exercice de ce métier nécessite une réflexion dans et sur l’action (Perrenoud, 2018). Dans des sociétés comme le Canada, qui comprend des minorités linguistiques reconnues formellement par l’État, l’école est un vecteur de complétude institutionnelle essentiel à leur pérennité. Par complétude institutionnelle, il faut se référer aux travaux de Breton (1994), lequel, s’inspirant du champ des études ethnoculturelles appliquées à celui des minorités historiques et nationales, définit ce concept en tant que mise sur pied ou création d’organismes voués aux personnes de ces groupes minoritaires dans la société d’accueil majoritaire. Cardinal et Léger précisent que Dans ce contexte, le travail enseignant inclut des dimensions sociales et culturelles qui n’ont pas la même teneur en milieu majoritaire. C’est un exercice qui soulève des enjeux liés au genre, aux conditions d’exercice de la profession d’enseignant·e, au rapport à la langue et aux politiques publiques d’éducation. Danielle Juteau (2015) rappelle à juste titre que c’est souvent aux femmes qu’incombe la responsabilité de faire entrer la jeune génération dans une communauté d’histoire et de culture, ce qu’elle nomme la socialisation secondaire. En situation linguistique minoritaire, là où le niveau de complétude institutionnelle est faible, ce rôle n’en est que plus important, précise Juteau. La pression que les enseignantes subissent à agir en tant que modèles dans l’école et dans la communauté environnante en Ontario est aussi documentée (Gérin-Lajoie, 2006; Turner, 2012). Comme l’a montré Turner (2020) dans ses travaux sur le pays de Galles, où l’enseignement se fait dans une langue à statut minoré – le gallois –, les enseignant·e·s oeuvrant dans ce contexte décrivent leur travail en parlant d’un esprit de famille à créer et d’assemblées à animer (voir aussi Turner et Bélanger, 2020). Dans l’exercice de la profession enseignante, des responsabilités additionnelles en ce qui a trait …

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