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Éditorial

Revaloriser la place des femmes dans les conférences sur les jeux de hasard et d’argent : le rôle des communautés francophones pour une recherche plus équitable[Notice]

  • Adèle Morvannou,
  • Eva Monson,
  • Annie-Claude Savard et
  • Andrée-Anne Légaré

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  • Adèle Morvannou
    Professeure agrégée, Département des sciences de la santé communautaire, Université de Sherbrooke

  • Eva Monson
    Professeure agrégée, Département des sciences de la santé communautaire, Université de Sherbrooke

  • Annie-Claude Savard
    Professeure agrégée, École de travail social et de criminologie, Université Laval

  • Andrée-Anne Légaré
    Professeure adjointe, Département des sciences de la santé communautaire, Université de Sherbrooke

NOTE DE LA RÉDACTION

Les éditoriaux ne reflètent pas nécessairement l’opinion de toutes les personnes membres du comité de rédaction et n’engagent en rien la responsabilité de celles-ci.

Malgré sa diversité et son caractère fortement interdisciplinaire, le champ des jeux de hasard et d’argent (JHA) demeure marqué par une sous-représentation persistante des femmes dans les rôles les plus prestigieux lors des conférences internationales. Ce déséquilibre, bien documenté, freine la qualité scientifique, l’innovation et l’inclusion. Nous avons récemment participé à plusieurs conférences sur les dépendances, à différents niveaux : local (Convergence Recherche Intervention [CRI]), national (Association Canadienne-Française pour l’Avancement des Sciences [ACFAS]), et international, notamment au 5e symposium multidisciplinaire de Montreux (Suisse) et à la 10e conférence sur les dépendances comportementales à Nantes (France). Ces événements ont été l’occasion d’échanger avec des spécialistes du monde entier, de suivre l’évolution du domaine, d’apprécier la richesse des travaux menés dans ce champ résolument multidisciplinaire, ainsi que la diversité manifeste des personnes qui contribuent à la recherche. La participation à ces événements a aussi permis de réfléchir à une réalité persistante et préoccupante, corroborée par deux publications récentes : l’enracinement des inégalités de genre dans l’attribution des rôles prestigieux de conférencier·e·s invité·e·s (keynote, plénière, discours d’ouverture et de clôture) dans le domaine des JHA (Monson et al., 2023, 2025). Comment un domaine innovant et riche par la diversité de ses méthodes et de ses chercheur·e·s accorde encore une visibilité disproportionnée aux voix masculines ? Bien que la sous-représentation des femmes dans les conférences scientifiques soit un phénomène reconnu dans plusieurs domaines, les données récentes montrent qu’elle persiste de manière marquée et documentée dans le champ des JHA (Monson et al., 2023, 2025). Si la sous-représentation des femmes constitue en soi un déséquilibre problématique, certains pourraient néanmoins s’interroger sur les implications spécifiques de cette situation pour la francophonie. Cet éditorial propose d’explorer ces questions à la lumière des travaux récents afin d’alimenter une réflexion collective sur l’évolution du champ. Il vise également à envisager des pistes pour inverser cette tendance. Un premier article, publié en 2023 dans PLOS One, a analysé dix années de programmation de conférences internationales dans le domaine des JHA (Monson et al., 2023). Les résultats révèlent une sous-représentation persistante des femmes, qui ne montre aucun signe d’amélioration avec le temps, dans les rôles prestigieux de conférencières invitées : seulement 30,2 % des intervenant·e·s invité·e·s étaient des femmes, avec un ratio hommes-femmes de 9 pour 1 parmi les dix personnes les plus sollicitées. Ce constat alarmant ne varie ni selon le continent, ni selon le type de rôle, ni selon le type de conférence. La seule exception apparente concerne les chercheur·e·s en début de carrière, où l’on observe une quasi-parité entre étudiant·e·s et jeunes chercheur·e·s. Toutefois, cette proportion s’effondre aux niveaux académiques plus avancés, illustrant le phénomène du leaky pipeline, ou « fuite des talents féminins », c’est-à-dire l’attrition progressive et disproportionnée des femmes à mesure qu’elles montent dans la hiérarchie académique (Pell, 1996), largement documentée dans d’autres domaines scientifiques. Ce schéma reflète la profondeur des inégalités de genre enracinées dans la culture universitaire et ses structures (Jones et al., 2014 ; Martinez et al., 2007). Ces résultats peuvent surprendre. Le domaine des JHA se distingue en effet par son interdisciplinarité, à la croisée des sciences sociales, de la santé, des sciences naturelles, de l’informatique, des technologies, mais aussi des finances et de l’administration. Cette diversité pourrait nourrir l’espoir d’une plus grande ouverture aux voix multiples et à une véritable inclusion. Or, les déséquilibres observés s’avèrent comparables à ceux constatés dans les disciplines dites STEM, soit les sciences, les technologies, l’ingénierie et les mathématiques, historiquement dominées par les hommes (Arora et al., 2020 ; Flaten et al., 2020 ; Fournier et al., 2020). Un …

Parties annexes