Ce court ouvrage de réflexion, réédité en 2021, se base sur les expériences de l’auteur, tant comme anthropologue, qu’ancien danseur professionnel ou que concepteur d’ateliers de francisation. L’objectif énoncé de son ouvrage est d’expliquer l’amenuisement de pratiques populaires artistiques en Europe occidentalisée (soit l’Europe de l’Ouest) : « Force m’est de reconnaître que le livre présent part du sentiment — résultant de différentes expériences — que les pratiques, savoirs et virtuosités culturels populaires ont dépéri en Europe chez les Européens de l’Ouest eurodescendants. Il tente de raconter, décrire et analyser les causes et les conséquences de cet amenuisement » (Piolat 2021 : 31). Piolat lie cet amenuisement, ce « vide culturel » (op. cit. : 63), à l’impérialisme et au colonialisme occidental. Il propose alors vingt chapitres, sous la forme de vingt récits vaguement reliés les uns aux autres, pour explorer cette hypothèse. Cette nouvelle édition a de plus été révisée et bonifiée d’une préface de l’auteur, d’un avant-propos de Grace Ly (écrivaine, réalisatrice et animatrice de balado) et d’une postface d’Audrey Vernon (comédienne et humoriste). Grace Ly relate son expérience du racisme, puisqu’elle a grandi en France au sein d’une famille chinoise du Cambodge. Elle établit alors ces réflexions comme un cadre permettant de contextualiser des situations du quotidien pour les personnes racisé·e·s en France. Elle conclut avec un appel à l’action contre : « ce fait colonial qui continue d’exister, demeure trop peu contesté et ne devrait pas être ordinaire » (Ly dans Piolat 2021 : 12). Après une préface qui fait office d’introduction, et qui permet à l’auteur de justifier son choix de certains termes (celui d’« Occidentaux » plutôt que de « Blancs » par exemple, ou encore d’« extra-Occidental »), les quatre premiers chapitres se concentrent sur l’incompréhension des Occidentaux concernant les pratiques artistiques populaires africaines et de leur complexité, réduites à l’état de gestes primitifs et grotesques dans la pensée coloniale. Cette réflexion s’appuie sur un certain nombre d’observations personnelles, tant en France qu’au Sénégal. Piolat, pour qui le corps est le principal sujet de la culture (op.cit. : 75), souligne comment des mythes primitivistes perdurent et imprègnent les imaginaires jusqu’à s’inscrire dans les corps et la gestuelle des individus eurodescendants. Le corps devient alors le véhicule d’une transmission de la pensée coloniale, raciste et évolutionniste, qu’il s’agisse de s’approprier les instruments de percussion ou de mimiquer des danses africaines sans percevoir leur complexité, leur virtuosité, et leurs contraintes en termes d’apprentissage et de maitrise. Dans le 5e chapitre, Piolat renvoie ces clichés aux Européens, et plus particulièrement aux Français occidentaux (euro-descendants d’Europe de l’Ouest). Ce chapitre s’ouvre tout d’abord sur une observation — « la grande majorité des Français […] ne maitrisent pas leur corps » — qui, plutôt que de développer l’idée précédemment avancée d’un racisme incorporé, permet à l’auteur d’aboutir à un constat, celui de l’absence de pratiques artistiques populaires en Europe de l’Ouest. Les cinq chapitres suivants entament alors une réflexion sur ce que Piolat qualifie de « mythe de la supériorité », de même que sur une forme de hiérarchisation culturelle, et sur les ramifications de ces discours dans la société française actuelle. Plusieurs exemples sont offerts, à l’instar du cliché des personnes africaines et afrodescendantes ayant « le rythme dans la peau ». Ce cliché, comme le fait judicieusement remarquer Piolat, en essentialisant une virtuosité performative et musicale, disqualifie complètement les mécanismes complexes d’apprentissage et de transmission culturelle : « Affirmer que tout Africain a le sens du rythme […] revient à sous-entendre que si le Noir danse si bien, c’est …
Parties annexes
Bibliographie
- PIOLAT, Jérémie, 2011, Portrait du colonialiste. L’effet boomerang de sa violence et de ses destructions, Paris, La Découverte, col. « Les empêcheurs de penser en rond ».
- PIOLAT, Jérémie, 2021, Portrait du colonialiste. L’effet boomerang de sa violence et de ses destructions, Paris : Éditions Libre.

