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Introduction

Décoloniser et/ou autochtoniser ? Perspectives de recherche pour une meilleure inclusion des épistémologies autochtones[Notice]

  • Elisa Tripotin et
  • Mélisande Séguin

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  • Elisa Tripotin
    Doctorante en cotutelle, Sociologie et études anglophones, Université du Québec à Montréal et Université Grenoble-Alpes

  • Mélisande Séguin
    Candidate au doctorat, Faculté de droit, Université de Victoria

Les 2 et 3 mai 2022, le Centre interuniversitaire d’études et de recherches autochtones (CIÉRA) organisait son colloque annuel sur le thème « Entre décolonisation et autochtonisation : comment penser un monde plus juste ? » à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et au Musée McCord Stewart. L’évènement avait pour objectif d’interroger les termes polysémiques de décolonisation et d’autochtonisation, aujourd’hui centraux dans les études autochtones. Souvent interprétées comme des processus complémentaires et qui se renforcent mutuellement, les notions de décolonisation et d’autochtonisation visent toutes les deux à mieux intégrer et valoriser les savoirs et compétences autochtones dans une multitude de domaines. Cependant, elles comprennent des différences fondamentales quant à leurs objectifs et leurs implications. La notion de décolonisation renvoie à la remise en question des structures coloniales qui continuent d’affecter les sociétés. Elle implique un rejet de la prédominance des épistémologies et ontologies occidentalo- centrées au sein des institutions. Le préfixe dé- implique, de prime abord, de se débarrasser des épistémologies et des ontologies dominantes afin de libérer de l’espace pour d’autres formes de savoirs et de visions du monde. La décolonisation doit être vue comme un processus multidimensionnel qui cherche à renverser les rapports de pouvoir. Certain-e-s auteur-trice-s autochtones invitent à une résurgence des pratiques autochtones basée exclusivement sur les traditions épistémiques autochtones (Alfred 1999 ; Coulthard 2014 ; Simpson 2017). Leurs idées s’ancrent dans un rejet des politiques d’intégration ou de reconnaissance et expriment une pensée visant la restitution des territoires et des cultures autochtones. Ces auteur-trice-s remettent en question les mécanismes d’inclusion au sein des institutions issues de la colonisation et invitent à se concentrer sur la « revitalisation des alternatives systémiques autochtones » [notre traduction] (Simpson 2017 : 49). Ce principe de décolonisation s’exprime de différentes manières selon les cultures et les communautés épistémiques. Par exemple, en sciences juridiques, plusieurs auteur-trice-s autochtones au Canada soulignent l’importance de la reconnaissance et de la mise en application des ordres juridiques autochtones afin de décoloniser les rapports entre Allochtones et Autochtones (Napoleon 2001 ; Borrows 2010). D’un point de vue technique, la décolonisation peut signifier la remise en question de l’utilisation de plusieurs méthodologies et outils existants ou développés par des chercheur-euse-s allochtones qui s’intéressent aux enjeux autochtones. Du côté pratique, la décolonisation peut s’orienter vers le déploiement d’actions, c’est-à-dire un passage qui s’opérationnalise de manière concrète par des faits. Sur ce dernier point, la chercheuse maorie Linda Tuhiwai Smith dénonce la nature extractiviste de la recherche en milieu universitaire sur les Premiers Peuples et la particularité des rapports de force inégaux desquels dépendent ces pratiques. La notion de décolonisation invite ainsi nécessairement à remettre en question nos méthodes de recherche et de restitution des pensées. Au sein des mouvements féministes communautaires et autochtones, concernant le dialogue sur les pratiques et le discours conjoints, la décolonisation signifie la (re)valorisation et la reconnaissance des expériences, savoirs et pratiques autochtones. Ces éléments nous invitent ainsi à mobiliser d’autres formes d’expressions que l’écriture, comme l’art visuel et l’histoire orale (Rivera Cusicanqui 2010 ; Paredes 2015 ; Vergès 2019). À ces exemples de manifestations et d’initiatives, Lorena Cabnal, intellectuelle q’eqchi et kiche, ajoute l’importance de reconnaître la guérison et les cérémonies comme forme de savoirs pour aborder les enjeux affectant les femmes autochtones à l’intérieur même des contextes autochtones. Selon Cabnal, ces savoirs sont cruciaux pour illustrer que les espaces autochtones ne sont pas toujours exempts de violence genrée (Cabnal 2019). La notion d’autochtonisation, en contrepartie, se manifeste comme un processus collaboratif d’hybridation, voire d’interrelation, des connaissances et pratiques (Phillips 2011). Or, pour se traduire en action dans la recherche en milieu …

Parties annexes