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Trépied Benoît, 2025, Décoloniser la Kanaky–Nouvelle-Calédonie. Toulouse, Anacharsis, coll. « Essais », série « Libre pensée », 288 p.[Notice]

  • Florian Lebret

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  • Florian Lebret Département d’anthropologie, Université Laval, Québec (Québec), Canada

Face à l’incertitude provoquée par les émeutes qui touchèrent la Kanaky–Nouvelle-Calédonie à partir de mai 2024 à la suite de la victoire du « non » à un troisième référendum sur l’accès à la pleine souveraineté, Benoît Trépied, anthropologue au CNRS, propose un ouvrage cherchant à rétablir le contexte historique et social à l’origine de cet embrasement sans précédent. Destiné autant aux habitants de la Nouvelle-Calédonie qu’aux personnes étrangères au contexte néo-calédonien, cet ouvrage revient sur le processus d’autodétermination dans lequel est engagée la Nouvelle-Calédonie, lequel s’intègre à un processus de décolonisation plus large ayant débuté bien avant les Accords de Matignon-Oudinot, qui marquèrent la sortie de l’épisode insurrectionnel de 1984-1988. À travers un rappel de l’histoire de la colonisation de la Kanaky–Nouvelle-Calédonie et de son peuple, Trépied met au jour l’héritage colonial qui se manifeste encore aujourd’hui dans l’organisation sociale, politique et économique du pays. La première partie de l’ouvrage (chapitres 1 à 3) retrace les prémisses de la colonisation française en Nouvelle-Calédonie, puis se concentre sur la lutte kanak pour la reconnaissance de leurs droits et de leur souveraineté, pour ensuite présenter les Accords de Matignon-Oudinot (1988) et de Nouméa (1998) et leurs acquis. La seconde partie (chapitres 4 et 5) permet à l’auteur de revenir sur les défis relatifs à la construction du destin commun et à la décolonisation. Malgré les avancées obtenues par les accords, l’autodétermination est fortement conditionnée, tant pour les indépendantistes que pour les loyalistes (c’est-à-dire les partisans du maintien du territoire dans la République), par l’émancipation économique. Celle-ci suppose un rééquilibrage du marché de l’emploi ainsi qu’une meilleure distribution des richesses et du pouvoir d’achat, lesquels restent largement en faveur des descendants des colons européens ainsi que des fonctionnaires et migrants originaires de France hexagonale. À ces inégalités économiques s’ajoutent des discriminations héritées de la colonisation qui se heurtent à la vision du « destin commun » défendu par les accords. Essentiel à la compréhension des enjeux contemporains et des dynamiques politiques locales, le chapitre 6, intitulé « Décoloniser, un choix politique », propose une mise en contexte des modalités effectives du processus irréversible d’autodétermination de la Nouvelle-Calédonie, mis en place par l’Accord de Nouméa, et de son rôle dans la bipolarisation des espaces politiques et médiatiques. Trépied termine son ouvrage en résumant les événements qui précédèrent les émeutes de 2024 pour ensuite discuter leurs conséquences pour la Kanaky–Nouvelle-Calédonie, les Kanak et les autres Calédoniens. Le parallèle entre le boycottage massif par les indépendantistes du référendum d’autodétermination de 1987 (p. 91), qui avait ouvert le corps électoral aux citoyens français installés depuis au moins trois ans en Nouvelle-Calédonie, et les émeutes de 2024, permet au lecteur de mesurer « la portée hautement politique associée au gel du corps électoral », « mécanisme essentiel de la décolonisation telle que définie par l’accord de Nouméa » (p. 242). À la lumière des événements ayant mené à l’insurrection de mai 2024, Trépied interroge la réussite du « pari sur l’intelligence » (Merle 2024), qui consistait à bâtir le « destin commun ». Entre le maintien des inégalités et la bipolarisation du débat autour de l’indépendance, le bilan apparaît négatif, avec une société largement marquée par la ségrégation (urbaine, économique, sociale). Pour autant, s’appuyant sur une diversité d’exemples et d’initiatives locales, Trépied parvient à rendre compte de la complexité de la société calédonienne et du maintien du « destin commun » dans le quotidien de plusieurs habitants de la Kanaky–Nouvelle-Calédonie, comme en témoignent les nombreuses initiatives de solidarité mises en place durant les émeutes (p. 252). Trépied rappelle que la bipolarisation du débat autour de l’autodétermination, renforcée …

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