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Jaffré Yannick, 2025, Trois gouttes de sang comme une fleur, photographies de Clément Chapillon. Marseille, Le bec en l’air, 128 p.[Notice]

  • Daha Ka

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  • Daha Ka Laboratoire d’anthropologie des enjeux contemporains, Université Lumière Lyon 2, Lyon, France

Le titre est lui-même une clé pour comprendre la portée du don. Telle une fleur, le sang symbolise la vie et la fragilité qu’entraîne la maladie. Trois gouttes rappellent également la banalité du geste et le contraste entre la quantité infime prélevée et ses effets positifs. Le titre rejoint ainsi l’intention générale de l’ouvrage : montrer que ce sont de petits gestes qui garantissent le soin. Dans la première partie du livre, à l’instar de Marcel Mauss, les auteurs montrent que le don de sang n’est pas qu’un acte isolé, mais une pratique sociale qui engage des valeurs (solidarité, gratitude, générosité, etc.). Elle crée un lien réel entre des acteurs (donneurs et receveurs). Chapillon le matérialise par le fil rouge qui sort du cadre sur les photos. Ce fil évoque quelque chose au-delà de la scène, un ailleurs ou une connexion invisible. Le don de sang devient un moment de rencontre qui rappelle au donneur sa propre vulnérabilité. L’originalité du livre réside dans la place accordée au personnel soignant dans le circuit du don. En effet, l’auteur met l’accent sur cette catégorie pour plusieurs raisons. Les soignants sont les « passeurs » du don de sang. Sans eux, le don ne pourrait tout simplement pas exister. Ils accueillent, rassurent, veillent et accompagnent les donneurs à la Maison du don de Marseille comme les receveurs, les personnes atteintes de cancer à l’IPC. Ils sont le trait d’union entre un geste anonyme et une vie sauvée. L’ouvrage cherche donc à rendre visible ce troisième acteur de la chaîne transfusionnelle. Clément Chapillon capture des scènes dans lesquelles des soignants apparaissent dans des endroits plus ou moins sombres ou vides, ce qui suggère qu’ils s’investissent sans chercher à attirer la lumière. Les soignants développent une qualité relationnelle qui dépasse la simple application de règles pour une meilleure qualité des soins. C’est ce « supplément d’âme », pour reprendre les mots de Jaffré, dont font uniquement preuve ceux qui ont la « vocation ». Cette dernière, plus qu’un simple choix professionnel, est une disposition durable qui oriente et structure le métier de soignant. Elle est le socle de l’éthique. La seconde partie du livre met justement l’accent sur une forme d’éthique au service du don et de la pratique de soin. Cette dernière n’est finalement pas qu’un geste mécanique répété à l’infini. À la Maison du don, ce « surcroît de sens » se manifeste a priori par la reconnaissance du donneur comme une personne à part entière. Le sang est d’abord un corps avant d’être un matériau de soin. Le geste du donneur est valorisé et constamment rappelé, y compris dans les espaces les plus techniques du circuit du sang, comme au centre EFS du Domaine Vallée Verte, où l’on conditionne les produits sanguins. La présence symbolique du donneur donne du sens au travail du personnel du centre, qui cherche à « être à la hauteur ». L’éthique intervient également dans la relation de soins en guidant les attitudes et les paroles des soignants de l’IPC. Finalement, l’ouvrage montre que l’éthique, c’est aussi l’accueil, l’écoute, l’explication, des détails qui font la différence. « Devrait-il d’ailleurs en être autrement ? », se demandent Jacques Chiaroni, directeur de l’EFS Provence-Alpes-Côte d’Azur, et Norbert Vey, directeur de l’IPC, dans l’entretien avec Yannick Jaffré qui clôt l’ouvrage. Ce livre s’adresse à plusieurs publics. Il sera une véritable motivation pour les personnes n’ayant jamais fait de dons de sang qui apprendront que le sang circule. Ainsi, le receveur, bien qu’inconnu, existe. Le don n’est donc pas une perte. Aussi, les photos montrent que les donneurs ne sont pas des …

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