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Debary Octave, 2025, Retourner le monde. Arts, anthropologies, ressemblances, illustrations d’Aurorre Lopez. Saint-Étienne, Éditions Créaphis, 224 p.[Notice]

  • Francine Saillant

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  • Francine Saillant Département d’anthropologie, Université Laval, Québec (Québec), Canada

Ce livre porte sur l’aménagement artistique des restes et sur ce que les gestes de créateurs rencontrés au fil du temps — ainsi que leurs oeuvres — donnent à penser pour l’anthropologue Octave Debary, qui n’en est pas à sa première incursion sur le sujet. Directeur du Centre d’anthropologie culturelle (CANTHEL) et professeur à l’Université Paris Cité, il est auteur de l’ouvrage De la poubelle au musée. Une anthropologie des restes (2019). Il livre ici un essai déambulatoire d’un intérêt certain pour ceux qui naviguent dans le monde des musées, que ces derniers relèvent de l’anthropologie ou de l’art contemporain. La démarche se base sur divers entretiens, certains formels et d’autres sous forme de rencontres amicales, conduits avec des artistes vivant dans divers pays (Canada, Brésil, Suède, France, Allemagne, etc.) et préoccupés du devenir humain. Ces entretiens se doublent d’échanges au long cours avec des scientifiques de renom, en particulier Pierre Nora, qui, certes, exerce une influence considérable pour celui qui fait de la mémoire l’un de ses fils conducteurs, mais aussi Philippe Descola. Art, mémoire, restes, crise écologique sont les ingrédients de ce livre qui pourrait en dérouter quelques-uns. Le premier chapitre expose le projet de ce livre, donne le ton à l’essai et annonce la réflexion sur ce que l’art fait aux restes. Plusieurs fois, l’auteur affirme son intention de creuser ce rapport entre art et anthropologie, art contemporain en particulier, au travers de pratiques artistiques d’aménagement et de transformation des restes : objets sans valeur, objets jetés. Les autres chapitres, au nombre de sept, présentent les artistes retenus (Swaantje Güntzel, Jochen Getz, Christian Boltanski, Japp Kruithof, Samuel Roy-Dubois, Mauro Fainguelernt et Franz Krajberg) et leurs oeuvres, leurs procédés et techniques, leurs questionnements, en dialogue avec les différentes réflexions qu’en tire l’anthropologue. L’auteur introduit ses différentes remarques sur les oeuvres-objets issues de restes un peu comme s’il incluait le lectorat dans les conversations successives avec les artistes. Au fil des chapitres, il revient sur ce qui lierait la démarche artistique et la démarche anthropologique, sans pour autant le faire de façon systématique. On oscille entre une réflexion sur la mémoire, lieu de rencontre entre histoire et anthropologie, et le thème de l’art, comme objet et pratique. L’objet matériel prend une très grande importance dans cette réflexion, considérant l’expertise muséale du chercheur et le lien que les institutions muséales entretiennent avec les restes qu’ils récupèrent à divers titres. Les anthropologues n’en sont pas bien loin non plus, compte tenu de leurs terrains et des collections ethnographiques auxquelles ils s’intéressent et qu’ils ont souvent contribué à constituer. Au fil de la lecture, l’objet jetable, muséal et muséable, s’impose avec cette question lancinante : quel sort réservons-nous aux restes et à la poubelle du monde ? Les artistes rencontrés offrent certaines réponses sous la forme de rituels fictifs, élaborés autour de collections qu’ils ont constituées eux-mêmes ou inspirés de collections existantes, ethnologiques ou non, telles qu’on les connaît dans les univers muséaux : des ensembles faits de dons et de contre-dons, de détournements, de fictionnalisation et d’esthétisation. Au centre de l’ouvrage se trouve cette pièce maîtresse que constitue la rencontre avec Pierre Nora, prolongée, à la toute fin de l’ouvrage, par les échanges avec le poète Christian Bobin, deux auteurs majeurs du monde intellectuel français. Ces deux parties apparaissent comme une curiosité. L’entretien avec Nora, historien prolifique de renom décédé récemment, marque, en quelque sorte, une rupture avec les autres entretiens, ne serait-ce que par le ton employé et son caractère nettement plus académique. Le volet poétique avec Bobin produit un peu le même effet. Admirative devant l’oeuvre de ce poète, …

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