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Beltrame Tiziana N. et Yaël Kreplak (dir.), 2025, Les réserves des musées. Écologies des collections. Dijon, Les Presses du réel, 376 p.[Notice]

  • Gil Chataigner

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  • Gil Chataigner Département d’histoire de l’art, Université du Québec à Montréal, Montréal (Québec), Canada

Entre 80 et 95 % des objets conservés par un musée peupleraient ses réserves (Beltrame et Kreplak, p. 7). Si cette estimation donne à entrevoir, à qui en prend connaissance, l’ampleur de ce qui est dérobé au regard des publics, elle ne suffit pas à restituer aux réserves ni leur hétérogénéité, ni la cadence du mouvement qui les anime, ni le rapport à la production de connaissances qu’elles configurent. Au travers de l’ouvrage qu’elles ont dirigé, Les réserves des musées. Écologies des collections, Tiziana N. Beltrame, anthropologue, et Yaël Kreplak, sociologue, se sont attachées à saisir cette vitalité des réserves. Elles ont ainsi cherché à envisager ces dernières comme autant de milieux de vie soutenus par les maillages de relations dynamiques qui unissent objets, professionnels, et autres instruments, documents et dispositifs en présence. Elles souhaitent ainsi mettre en exergue l’expérience de la quotidienneté de la réserve au gré de la conservation éternelle de ce qui la remplit ; les gestes et les surfaces au contact desquels ces derniers sont effectués ; la profusion d’érudition, tout autant que de doutes. Pour cela, les auteures ont réuni les paroles de chercheurs issus de champs disciplinaires divers (sociologie, histoire de l’art et du patrimoine, anthropologie, muséologie, génie des matériaux, etc.), mais également de praticiens (métiers entourant la gestion de collections et la restauration, mais aussi la manutention, l’architecture, etc.) confiant leurs manières d’habiter et d’être habités par ces lieux. Ce parti-pris interdisciplinaire et polyphonique s’avère cohérent avec la mise en oeuvre d’une approche dite écologique des réserves muséales, dont la pertinence est d’autant plus grande qu’elle permet de contrer l’imaginaire d’un espace où la pérennisation des objets muséaux est assurée par le seul fait de son existence infrastructurelle. Le projet sous-tendu par cet ouvrage est développé dans un premier chapitre introductif qui présente la générosité des auteures-chercheuses ayant dirigé cet ouvrage vis-à-vis de leur sujet. Celle-ci s’exprime dans leur exploration rigoureuse des enjeux concrets et conceptuels posés par les réserves, notamment grâce à leurs multiples visites in situ depuis le début de leur collaboration, en 2016. Cette générosité est visible tant dans la transmission de leur enquête au moyen d’une écriture aussi précise que limpide se prolongeant dans chacun des huit chapitres qu’elles signent, seules ou à deux, que dans la mise à disposition d’une riche bibliographie sélective en clôture de l’ouvrage. Ce dernier compte, en plus du chapitre introductif, 20 chapitres — analyses théoriques, entretiens, descriptions de pratiques ou de dispositifs — traitant successivement des dynamiques de travail en réserve, de la mise en espace du lieu, des risques et des savoirs qui s’y produisent et, enfin, des enjeux liés au déploiement d’une écoconservation. Pour autant, ces quatre thématiques, qui correspondent à autant de sections, ne figurent pas dans la table des matières de l’ouvrage, ce qui pourrait être interprété comme une invitation faite au lectorat à percevoir le dialogue possible entre les différents textes, au détriment d’une lisibilité immédiate de la structure de l’ouvrage. Ce livre, qui réunit 20 auteurs, a le potentiel de devenir un ouvrage de référence au sein de la littérature francophone au sujet des réserves muséales. Il ouvre la voie à un ensemble d’interrogations et d’approfondissements, d’autant plus qu’il se cantonne à un cadre spatio-temporel circonscrit, les réserves parisiennes contemporaines, qui se prête à être élargi. Plus particulièrement, une des originalités de l’ouvrage est d’intégrer à la discussion théorique une esthétique de la réserve, soit ce qui naît de la perception de sa matérialité (compactus, étiquettes, etc.), une dimension à laquelle s’ouvre la discipline anthropologique depuis quelques décennies (Dassié, Gélard et Howes 2020). En revanche, l’ouvrage …

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