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Grégoire Anthony, 2025, Le mbilim comme vecteur de continuité et de changement chez les Noons du Sénégal. Québec, Presses de l’Université Laval, coll. « Recherches en musique », 376 p.[Notice]

  • Valentine Salazard-Sgambato

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  • Valentine Salazard-Sgambato Instituto de Migraciones, Universidad de Granada, Granada, España

Issu d’une thèse doctorale et nourri par quatorze années de recherches menées auprès de la communauté noon de la région de Thiès, au Sénégal, l’ouvrage d’Anthony Grégoire propose une analyse approfondie du mbilim, pratique musicale centrale où s’articulent des dynamiques de continuité et de transformation identitaires. Loin de se limiter à une monographie descriptive, le livre se situe au croisement de l’anthropologie de la musique et de l’histoire coloniale, en éclairant la manière dont une communauté marginalisée négocie, par la musique, son inscription dans une histoire nationale et postcoloniale souvent écrite sans elle. En effet, l’auteur inscrit d’emblée son travail dans une réflexion sur la construction identitaire et sur la notion de « silence épistémique », rappelant que les Noons n’apparaissent dans les archives coloniales et missionnaires que de manière sous-jacente, sous le prisme de l’altérité ou de la résistance. L’ethnographie réalisée du mbilim devient dès lors un moyen de relire ces sources tout en valorisant un savoir local longtemps invisibilisé. Grégoire arbore ici une posture réflexive assumée, en mettant en dialogue son enquête de terrain actuelle avec les matériaux ethnographiques et archivistiques produits par les chercheurs et missionnaires qui l’ont précédé et en faisant de cette double temporalité un outil analytique plutôt qu’une contrainte méthodologique. Le cadre théorique articule les notions de continuité culturelle et de construction identitaire à partir d’une réflexion sur le syncrétisme, l’interculturation et l’historicité vernaculaire ainsi que sur les pratiques musicales en contexte colonial et postcolonial (Gadamer 1963 ; Herskovits 1967 ; Berlioz, Le Goff et Guerreau-Jalabert 1989 ; Amselle 2001 ; Bertrand 2006, 2008 ; Guerraoui 2009 ; Dewey 2005). L’ouvrage prolonge également des réflexions présentes en ethnomusicologie qui envisagent la musique non seulement comme objet sonore, mais aussi comme pratique sociale, relationnelle et expressive, porteuse de mémoire et d’histoire. Grégoire analyse les processus de fusion, de réappropriation et de recomposition qui marquent l’histoire culturelle noon, en particulier entre pratiques animistes, catholicisme missionnaire et influences régionales. En échappant à une vision binaire ou évolutionniste, l’auteur met en lumière des formes d’hybridation culturelle où des éléments issus de registres différents coexistent ou se transforment selon les acteurs et les contextes. En prolongement de cette analyse, l’auteur propose au fil du texte le visionnage de vidéos et la consultation de documents audiovisuels complémentaires, invitant à une expérience de lecture élargie permettant de s’immerger dans l’univers des Noons. De cette manière, l’ouvrage témoigne d’une volonté de rendre perceptibles la sensorialité et la performativité du mbilim au-delà de sa seule description textuelle. L’un des apports majeurs de l’ouvrage réside dans l’analyse fine du mbilim comme pratique holistique mobilisant tambours, chants, danses, costumes et rites, et structurée par un rapport étroit à la mémoire des ancêtres. L’auteur explique également que le terme musique n’existe pas en noon : on parle plutôt d’« ambiance festive » ou du fait de « faire le mbilim ». Cette approche linguistique, couplée à l’observation ethnographique, interroge la pertinence des catégories analytiques occidentales appliquées aux pratiques musicales africaines et souligne le caractère incarné de cette pratique. La méthodologie constitue l’une des forces de l’ouvrage. Fondée sur une immersion de longue durée, ponctuée de retours réguliers sur le terrain, elle combine observations participantes, entretiens, analyse de discours et travail sur archives coloniales et missionnaires. Cette démarche permet d’aborder la complexité interne de la communauté noon et de mettre notamment en relief les tensions entre générations : d’un côté, des aînés attachés à des formes plus anciennes du mbilim ; de l’autre, des jeunes qui expérimentent de nouvelles façons de jouer, de danser ou d’organiser la performance. La principale difficulté de l’ouvrage, qui comprend sept …

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