Penser les infrastructures du Nord requiert une connaissance intime des défis quotidiens auxquels font face les communautés autochtones et locales dans leur intersectionnalité, leur localité et leur temporalité. Ces infrastructures, conceptualisées et analysées de différentes façons par les autrices et auteurs, se frayent ainsi un chemin entre dynamiques structurantes coloniales et pouvoirs d’action locaux tant autochtones qu’allochtones. Ces infrastructures opèrent ainsi sur un terrain à la fois matériel etimmatériel, symbolisant les promesses et les désenchantements de la modernité entre nécessités contemporaines de survie et qualité de vie, et l’espoir d’un meilleur futur basé sur les besoins réels des communautés, lesquelles sont affectées par le développement d’infrastructures qui les dépossédent de leurs terres et de tout ce que cette terre symbolise. C’est ainsi que les analyses de ce numéro thématique se situent. Carly Dokis démarre ce numéro en proposant une analyse approfondie des techniques et des infrastructures de gouvernance étatique de l’eau et ses conséquences au sein de la Première Nation Dokis, située sur l’île Okikendawt. Dans l’article suivant, Philipp Budka examine le rôle des voies ferrées de Churchill, au Manitoba, afin d’explorer les dynamiques structurelles de changements et des transformations socio-techniques et économiques. Anna Bettini et Kaylia Little interrogent, quant à elles, le rôle des discours et narratifs quant aux infrastructures énergétiques : Bettini se concentrant sur les communautés en Alberta faisant face au développement d’infrastructures d’énergies renouvelables ; et Little se focalisant sur Iqaluit, la capitale du Nunavut, et les ressentis de ses habitants à l’égard des infrastructures d’énergie fossile et de leur fiabilité. En continuité avec le thème des énergies fossiles, Giuseppe Amatulli se penche sur le rôle du développement des infrastructures portuaires en lien avec l’exportation de gaz naturel à Kitimat, le port de Prince Rupert, et Fort St. John, en Colombie Britannique, ainsi que leur réception par les habitants quant au futur collectif envisagé par ceux-ci. Katrin Schmid, ainsi que Susanna Gartler et Susan A. Crate, brossent un portrait intime du développement des infrastructures de transport dans un environnement arctique lourdement impacté par le dégel du pergélisol. Schmid analyse ainsi les significations des pistes d’atterrissage du transport aérien dans le contexte d’une gouvernance centrée sur les besoins des habitants du Nunavut. Gartler et Crate, quant à eux, se détachent de la conception anthropocentrique et coloniale associée aux infrastructures pour examiner l’incorporation du pergélisol lui-même comme une infrastructure selon leshabitants autochtones du Delta de la Rivière Mackenzie. Les infrastructures énergétiques sont les sujets des trois articles d’Amatulli, Little et Bettini, bien que l’importance de l’énergie au sein des communautés locales et autochtones, particulièrement du Grand Nord, demeure omniprésente au sein du numéro thématique dans son entièreté à travers des analyses centrales du relationnel et de la temporalité. Penser le futur des infrastructures énergétiques, selon Little, passe par une analyse fine anthropologique, plus précisément au sein du sous-genre de l’anthropologie de l’énergie. Amatulli, quant à lui, conceptualise l’infrastructure comme un objet ethnographique. Enfin, Bettini se pose méthodologiquement au sein des études ethnographiques en questionnant les dimensions émotionnelles des relations aux infrastructures énergétiques. Le relationnel figure ainsi non seulement comme objet d’analyse, mais aussi comme lien tissé entre le matérialisme de l’infrastructure (Amatulli) et la géographie émotionnelle de cette infrastructure (Bettini) ;la géographie émotionnelle amalgamant ainsi des visions passées, présentes, et futures face à l’insécurité énergétique (Little). Cette dernière géographie temporelle est aussi au coeur du travail analytique de Budka qui vise à dépasser le présent ethnographique en incorporant les enchevêtrements du passé et du futur de ces infrastructures de transport avec ceux de ses habitants. Le relationnel revient ainsi au centre de l’analyse ethnographique de Dokis qui se …
CommentaireInfrastructures du futur : un espoir de gouvernance[Notice]
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Anna Soer
Université d’Ottawa

