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Thematic Section: Narratives and Temporality of Infrastructures: The Canadian ExperienceSection thématique : Récits et temporalités des infrastructures : l’expérience canadienne

IntroductionRécits et temporalités des infrastructures au Canada[Notice]

  • Philipp Budka et
  • Giuseppe Amatulli

…plus d’informations

  • Philipp Budka
    Université de Vienne

  • Giuseppe Amatulli
    Université Carleton

Les infrastructures sont au coeur de nombreuses transformations sociales, évolutions socio-politiques et économiques, et des processus créatifs d’innovation. Elles sont devenues des indicateurs importants d’une transition continue vers un meilleur avenir, et des symboles de croissance économique, de progrès technologique et de modernisation. Comme l’affirment Harvey et Knox (2012, 523), les infrastructures incarnent les « promesses d’une modernité émancipatrice », telles que la rapidité, la connectivité et la prospérité économique ; elles « enchantent » les espoirs et les rêves associés au développement. Les infrastructures contribuent à l’imaginaire d’un meilleur avenir qui reste insaisissable, imparfait et difficile à définir (Abram et Weszkalnys 2013). Oeuvrant « au niveau du fantasme et du désir » (Larkin 2013, 333), les infrastructures « rassemblent les forces politiques et économiques de manière complexe et souvent avec des effets inattendus », impliquant « une dynamique plus large de changement social » (Harvey, Jensen et Morita 2017, 2). Bien que les infrastructures soient intrinsèquement tournées vers l’avenir, servant de vecteurs de domination et de transformation, elles sont conçues et assemblées de manière à soutenir les États et les sociétés coloniales contemporaines. Ce processus est façonné par les relations de pouvoir, les changements socio-politiques et l’organisation matérielle de la vie quotidienne dans l’espace et le temps (Spice 2018). Pasternak et ses collègues (2023) démontrent comment les infrastructures fonctionnent comme un outil du colonialisme de peuplement. Les infrastructures, telles que les routes, les pipelines et les réseaux énergétiques, facilitent non seulement le développement économique, mais servent également de mécanismes pour affirmer la juridiction et renforcer le contrôle colonial sur les terres autochtones. La construction de nouvelles infrastructures est souvent faite sans le consentement des Autochtones, ce qui permet l’exploitation des ressources tout en affaiblissant les systèmes de gouvernance autochtones et en perturbant les relations avec la terre. Ce faisant, les infrastructures contribuent à maintenir certaines visions de « l’avenir des colons » fondées sur la modernisation, la croissance économique, le contrôle territorial et la domination coloniale continue. À l’inverse, les infrastructures façonnent aussi profondément – et parfois perturbent – les visions alternatives de l’avenir exprimées par les communautés autochtones. L’analyse de Sturm (2017) dans le contexte de l’Amérique du Nord autochtone met en évidence la manière dont les projets d’infrastructure légitiment souvent les pratiques coloniales telles que la dépossession des terres et l’effacement culturel, en promettant un avenir prétendument meilleur. Elle remet en question les notions occidentales conventionnelles de souveraineté, mettant plutôt l’accent sur les perspectives autochtones qui privilégient la gouvernance relationnelle, la résilience communautaire, la continuité culturelle et l’autodétermination. Sturm présente le colonialisme comme une structure persistante qui remodèle continuellement les relations entre les communautés autochtones, les colons et l’État, tout en mettant en avant les stratégies de résistance et de revendication des autochtones. Son travail appelle à une réévaluation des approches anthropologiques, exhortant les chercheurs à dépasser l’observation passive pour s’engager dans des initiatives de soutien actif centrées sur la souveraineté autochtone et un avenir décolonial. La conception anthropologique actuelle des infrastructures s’appuie sur les connaissances et les méthodologies issues d’autres sciences sociales qui étudient les phénomènes infrastructurels. Par conséquent, les perspectives techniques ou l’ingénierie ont été supplantées par l’accent mis sur l’engagement humain et les modes spécifiques d’interaction des êtres humains avec diverses infrastructures, dépassant ainsi la simple matérialité. Ces approches anthropologiques mettent en évidence les dimensions systémiques et politiques des infrastructures (Larkin 2013), les relations socio-techniques que les individus forment à travers la création et l’entretien des infrastructures (Star 1999), les interconnexions entre les archives et les projets d’infrastructure (Rippa 2021), et des phénomènes tels que la mobilité des migrants conçue comme une infrastructure (Xiang …

Parties annexes