Abstracts
Résumé
La traduction juridique se distingue de tous les domaines où s’exerce la traduction par un trait qui lui est propre : le droit est porteur de règles contraignantes. Aussi, traduire des textes juridiques tels que lois, règlements, jugements et contrats expose les traducteurs aux difficultés singulières de ces textes. Elles passent par le fond et la forme du texte traduit. La première d’entre elles est posée par le droit lui-même et son système. C’est ainsi que, de l’anglais au français – et réciproquement –, on entre dans le droit comparé, deux systèmes très différents étant en présence. Le traducteur juridique est, par essence, comparatiste et tenu de rendre le droit dans le respect de ses règles. La deuxième difficulté réside dans la lisibilité du texte d’arrivée, sa clarté. La forme, enfin, du texte d’arrivée, qui diffère d’un système à l’autre selon la culture en jeu. Tel est le cas du couple common law/droit civil, chaque système exprimant dans l’écrit sa culture et ses règles de façon sui generis. Cette expression, prolixe ou concise, révèle immédiatement aux yeux des lecteurs le caractère de chaque culture juridique. Ces constats s’appliquent aux trois principaux types de texte juridique que sont la loi, le jugement et le contrat, chacun d’eux présentant ses propres particularités. Notre analyse porte essentiellement sur la Loi, « vitrine du droit », et le parcours de la traduction conduisant à l’avènement d’une jurilinguistique canadienne révélée par la corédaction des lois et l’équilibre qu’elle introduit dans la balance des langues officielles.
Mots-clés :
- traduction,
- jurilinguistique canadienne,
- droit comparé,
- stylistique,
- terminologie
Abstract
Legal translation differs from all other areas of translation in one key respect: the law is bound by binding rules. Translating legal texts such as laws, regulations, judgements, and contracts therefore exposes translators to the unique difficulties of these texts. They concern the content and form of the translated text. The first of these is posed by the law itself and its system. Thus, when translating from English to French—and vice versa—we enter comparative law, as two very different systems are involved. Legal translators are, by their very nature, comparatists and are required to render the law in accordance with its rules. The second difficulty lies in the readability and clarity of the target text. Finally, there is the form of the target text, which differs from one system to another depending on the culture involved. Such is the case with common law and civil law, each system expressing its culture and rules in writing in a sui generis manner. This expression, whether prolix or concise, immediately reveals to readers the character of each legal culture. These observations apply to the three main types of legal text: statutes, judgments, and contracts, each of which has its own particularities. Our analysis focuses primarily on statutes, the “showcase of the law,” and the translation process that has led to the emergence of Canadian jurilinguistics as revealed by the co-drafting of statutes and the parity it brings to the official languages.
Keywords:
- translation,
- Canadian jurilinguistics,
- comparative law,
- stylistics,
- terminology
Appendices
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