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Santé mentale et changements climatiques au Québec[Record]

  • Paquito Bernard

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  • Paquito Bernard Rédacteur invité Université de Rennes, Inserm, EHESP, IRSET

Les changements climatiques représentent la plus grande menace pour la santé dans le monde au XXIe siècle, selon l’Organisation mondiale de la santé. Cette affirmation est encore plus vraie pour la santé mentale. En effet, l’exposition directe ou indirecte à des événements climatiques extrêmes (p. ex. feux de forêt) ou progressifs (p. ex. montée des eaux) altère de manière disproportionnée la santé mentale en comparaison à la santé physique1. Les changements climatiques affectent la santé mentale de tous, à tous les âges de la vie, et accentuent la pression sur les plus précaires, les soignants, et le système de santé2. Paradoxalement, ce dernier est confronté à un double défi : faire face à un nombre exponentiel de sollicitations dues aux conséquences des changements climatiques et produire des efforts majeurs afin de réduire sa propre empreinte carbone (~ 8 % de l’empreinte carbone nationale du Canada). Si, pendant de nombreuses années, le Québec semblait « protégé » de ces aléas climatiques, nos concitoyens comprennent les enjeux actuels et futurs des changements climatiques de manière plus prosaïque. Les changements climatiques deviennent palpables lorsqu’un feu de forêt majeur à 600 km de chez soi détériore drastiquement la qualité de l’air extérieur pendant de nombreux jours consécutifs, lorsque l’eau de la rivière locale s’infiltre chez soi au milieu de la nuit à une vitesse jamais vue, ou encore lorsque la durée et l’intensité d’une vague de chaleur renforcent l’isolement, accentuent les symptômes de personnes aux prises avec des troubles mentaux sévères. Grâce aux efforts de formation et d’information de l’Institut national de santé publique du Québec ces dernières années, un nombre croissant de citoyens, décideurs et soignants se saisissent de leurs outils pour comprendre et anticiper les enjeux de santé liés aux changements climatiques et y répondre au mieux. Ce premier numéro Santé mentale et changements climatiques brosse, avec brio, un portrait d’études menées au Québec. La lecture complète du numéro offre une perspective originale de la santé mentale articulant prévention et traitement, réponses individuelles et collectives, et nouveaux concepts de vécus émotionnels face aux changements climatiques. Ce numéro thématique est constitué de 2 sections complémentaires regroupant des articles aux méthodes variées. Cette première section débute par un court texte de Marie-Josée Drolet qui offre une série de définitions d’écoémotions en français, initialement développées par le philosophe australien G. Albrecht. M.-J. Drolet, via Une typologie pour comprendre 10 écoémotions, présente 5 émotions positives et 5 négatives qui nous permettent de décrire avec justesse les conséquences émotionnelles des changements climatiques. Comprendre ce qui se cache derrière l’écocolère, l’écoparalysie, la biophilie, la sumbiophilie ou l’écoanxiété, viendra nourrir les réflexions futures des lecteurs. Quant à eux, Maxime Boivin et Anne-Sophie Gousse-Lessard explorent la dimension sociale de l’écoanxiété chez de jeunes Québécois. Cette émotion est très présente au sein des jeunes générations, et reste une réaction normale face aux conséquences des changements climatiques et à l’inertie, voire les retours en arrière des politiques environnementales. Cette étude souligne que l’intensité de l’écoanxiété, souvent vue comme une réponse individuelle, varie en fonction de l’entourage qui joue un rôle important comme soutien, mais aussi d’amplificateur. Par ailleurs, Eve Pouliot et al. examinent les perceptions des changements climatiques chez de jeunes Québécois (13-16 ans) exposés à des inondations en milieu rural, ou des tornades en milieu urbain. La série d’entrevues réalisées offre une vision claire des réponses individuelles diversifiées après avoir vécu directement un événement climatique extrême. Les auteurs classifient les répondants comme « engagés, impuissants, confiants et désengagés » et soulignent le besoin d’interventions personnalisées pour soutenir leur santé mentale. Cette section prend fin, avec la …

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