Le hasard fait bien les choses. Parfois, il tombe à point nommé et on ne peut le passer sous silence. À la suite de la lecture du premier chapitre dans lequel Paul Dionne nous entretient du Club Adams sur la rivière Moisie, la Mistashipu, je lis dans une édition du journal Le Devoir de juin 2025 que le Club Adams revient dans l’actualité (Bordeleau 2025). Au milieu des années 1960, Paul Dionne est embauché en tant que garde-pêche saisonnier pour la section « non clubée » de la rivière Moisie. Il ajoute : « la portion “clubée” était la meilleure pour la pêche au saumon » et défendue aux non-membres. Dans la section publique, les Innus pouvaient « […] pêcher aux mêmes conditions (que tous), c’est-à-dire en acquittant les droits prescrits et troquant leurs méthodes traditionnelles contre la pêche à la mouche » (p. 24). En 1969, lorsqu’il était à la Direction des Parcs et Réserves, son patron, plusieurs agents de conservation et des policiers de la Sûreté du Québec se présentent à Sept-Îles parce que Une cinquantaine d’années plus tard, Le Devoir rapporte Pourtant dans les années 1970, le gouvernement du Québec a « déclubé » les rivières mais, malgré les avancées au sujet des droits autochtones, il faut croire qu’il y a encore des clubs privés et que beaucoup reste à faire aux autochtones pour faire reconnaître leurs droits. Paul Dionne nous présente un texte riche en information à propos de son expérience en milieu innu, cri et inuit dans ce livre divisé en deux parties très distinctes l’une de l’autre. Dans la première partie intitulée « Petit portage », faisant référence à un endroit précis de la rivière Moisie, il consigne ses souvenirs : de sa prise de conscience de l’existence du monde autochtone à son rôle à la Direction générale du Nouveau-Québec (DGNQ) en passant par son travail d’avocat. La partie « Le Grand Portage » pour sa part renvoie au chemin parcouru par les Autochtones au cours des ans, et présente une réflexion, du point de vue d’un avocat, à propos des entraves posée sur leur parcours. Avec sobriété, il nous décrit sa prise de conscience du monde autochtone. Originaire des Îles de la Madeleine, où il n’y pas d’Autochtones, sa famille se reloge à Sept-Îles alors qu’il est encore enfant. Là, il perçoit deux « solitudes » : les Innus et les Euro canadiens se côtoient, du moins géographiquement, mais interagissent très peu. Les Septiliens résument leurs rapports avec les Innus en disant : « Ils font leur affaire, et nous la nôtre. » (p.19). Vers l’âge de 11 ans, comme servant de messe, il accompagna le prêtre appelé à donner les derniers sacrements à une dame âgée sur la réserve. Pour la première fois, il mettait les pieds dans la communauté des Innus. Malgré « mes souvenirs très vifs de cette visite, je constate aujourd’hui que mes rapports avec les Montagnais continuèrent pendant quelques années encore à s’inscrire dans la norme qui dictait l’attitude des Blancs de Sept-Îles, et qui consistait à s’intéresser à eux le moins possible » (p. 22). Après la description de sa vie à Sept-Îles en tant qu’étudiant puis comme avocat, il nous entretient de ses séjours au Nouveau-Québec, tout particulièrement comme employé de la Direction générale du Nouveau-Québec (DGNQ). Il touche à de nombreux sujets allant de sa découverte du Nord, en passant par les expériences vécues à Fort George de l’injonction interlocutoire du Juge Malouf le 15 novembre 1973 et de l’arrêt du complexe hydroélectrique de la Baie James, du saccage des bâtiments et équipements du chantier …
Appendices
Ouvrage cité
- Bordeleau, Jean-Louis. 2025. « Les Innus revendiquent l’un des derniers clubs américains de pêche au saumon encore actifs ». Le Devoir, 16 juin, section B3.

