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Comptes rendus

Les Natchez. Une histoire coloniale de la violence, Gilles Havard. Tallandier, Paris, 2024, 604 p.[Record]

  • Maxence Terrollion

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  • Maxence Terrollion
    Doctorant, Département d’histoire, Université du Québec à Montréal

Dans les diverses traditions historiographiques de la colonisation, la question de la « violence », qu’elle soit infligée aux communautés autochtones, qu’elle surgisse entre les colons et les groupes locaux ou qu’elle soit subie par les nouveaux venus, constitue un point central pour tous ceux qui souhaitent s’intéresser aux relations euroautochtones. Toutefois, dans le cadre de la Nouvelle-France, la notion de « violence » prend un tout autre sens : la colonie, s’appuyant notamment sur les relations d’alliances nouées avec les communautés locales, a été considérée pendant longtemps comme incapable d’user de violence à l’encontre des populations locales, la plaçant de facto comme une exception parmi les expériences coloniales. Cependant, depuis les années 2000, les chercheurs ont tâché de nuancer cette réalité en explorant les quelques cas de l’usage de la violence par la Marine française à l’encontre des peuples d’Amérique du Nord. Après la contribution bienvenue de Raphaël Loffreda sur les « guerres des Renards » (Loffreda 2021), et quelques rares ouvrages traitant des expéditions livrées contre les Natchez (Balvay 2008 ; Barnett Jr. 2007 ; Milne 2015), le livre de Gilles Havard, Les Natchez. Une histoire coloniale de la violence, se propose à son tour d’explorer cet épisode de la colonisation française encore peu connu. Dès les premières pages de l’ouvrage, le lecteur peut constater que, contrairement à ses prédécesseurs, Gilles Havard entend placer au centre de la réflexion les Natchez, tant dans leur conception de la violence que dans leurs relations avec les Européens. Si l’auteur ne met pas de côté la perception française de ce que l’historiographie retiendra comme le « massacre des Natchez », le fait de s’interroger sur la place prise par la violence dans les sociétés autochtones lui permet notamment de ne pas faire des colons les seuls décideurs dans la gestion des conflits, mais aussi de mettre en lumière l’inopérabilité des termes et des catégories employées par les auteurs de l’époque. Cette considération terminologique démontre comment les termes de « révolte », de « massacre » ou encore de « guerre » utilisés par les chroniqueurs furent mal choisis, tant les événements des années 1710 et 1720 peuvent se lire dans un contexte rituel natchez (p. 201-210). Ce faisant, l’approche privilégiée par Havard consiste à croiser les méthodes de l’histoire et de l’anthropologie, mobilisant certaines grandes figures spécialisées dans l’étude des communautés autochtones des Amériques, comme Lévi-Strauss, Desveaux ou Descola, pour relire les événements et rendre compte de l’univers mental de la violence, tant français que natchez. Afin de rendre compte de ses recherches, l’historien choisit de présenter son étude sous la forme d’un récit littéraire, divisé en quatre « livres », chacun abordant une période spécifique de l’histoire des Natchez. Il n’est pas anodin que l’auteur débute son récit par une analyse des ouvrages de Chateaubriand sur l’Amérique du Nord. Car si l’écrivain français fait partie de ceux, comme Le Page du Pratz ou Dumont, à avoir contribué à perpétuer la mémoire de l’événement, Havard choisit aussi, d’une certaine manière, d’emprunter à l’écrivain sa méthode pour narrer l’histoire des Natchez : l’auteur n’hésite pas, à la manière d’une pièce de théâtre, à séparer les personnages historiques entre « acteurs principaux » et « acteurs secondaires » (p. 39-40). À travers leurs yeux, l’auteur nous invite dans leur monde, romançant leurs trajectoires pour faire revivre la Louisiane d’alors et les peuples qui l’animent. Une fois le cadre posé, il est désormais possible de traiter des représentations de la violence. En effet, l’ouvrage de Gilles Havard présente tour à tour les facteurs sociaux, idéologiques et historiques qui, mis ensemble, permettent de mieux …

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