Ma première rencontre avec Joséphine Bacon a eu lieu en 2016. Cette année-là, en collaboration avec des collègues et la Direction des affaires étudiantes du Cégep Édouard-Montpetit, nous avions organisé la première édition de la Semaine des Premiers Peuples du Québec (SPPQ). Nous avions invité Joséphine Bacon et l’artiste anishinaabe Émilie Monnet pour discuter avec les personnes étudiantes de la tradition orale et des rêves ainsi que de leurs liens avec la poésie et la danse. J’étais intimidée et je ressentais un inconfortable sentiment d’imposture, moi, qui en tant qu’anthropologue, s’était davantage intéressée à la diversité culturelle ailleurs qu’à celle qui existait autour de moi. Cette gêne initiale fut rapidement dissipée par la chaleur et la générosité de Joséphine et par son don exceptionnel à créer des liens et de l’intimité. Cette première rencontre a été pour moi d’une incroyable richesse et m’a encouragée à maintenir un dialogue entre les peuples autochtones du Québec et les personnes étudiantes du Cégep Édouard-Montpetit, ces citoyens et citoyennes de demain que j’ai la chance de croiser et peut-être d’influencer. Depuis cette première rencontre avec Joséphine, il y a près d’une dizaine d’années, la SPPQ est devenue un événement phare annuel offrant à l’ensemble des cégépiens et du personnel plusieurs conférences et activités autour des questions et des enjeux autochtones. Ces moments contribuent à rendre visible la présence autochtone dans la société et à développer une plus grande ouverture et compréhension à l’égard des peuples autochtones. À l’automne 2024, l’activité « Sous le shaputuan » de l’Institut Tshakapesh, à laquelle participait Joséphine, a permis d’établir un espace d’échange avec les personnes étudiantes. Cette activité qui eut un immense impact positif sur la population du cégep reste pour moi un moment inoubliable. Au fil des ans, le cégep, à l’instar d’autres institutions, a entrepris une démarche d’autochtonisation et est devenu un acteur clé dans le processus de décolonisation de l’éducation en permettant de faire évoluer les mentalités. C’est avec une remarquable générosité que Joséphine initie la rencontre et le dialogue avec l’ensemble de la population du cégep. Sa parole et sa poésie sont empreintes d’un grand humanisme, si profondément innu et si universel. D’une manière toute simple, Joséphine nous aide à être ensemble, à échanger et à contribuer à développer une société plus juste et équitable. Avec amour, car c’est ce noble sentiment qui émane de cette gigantesque petite personne, Joséphine joue un précieux rôle dans la rencontre entre Autochtones et allochtones en établissant un pont et en devenant elle-même espace de rencontre. Aux allochtones, en particulier dans ce cas-ci, aux cégépiens et aux cégépiennes, sensibles aux réalités autochtones et désireux de devenir des alliés, elle tend la main. À nous de la saisir, à moi, comme professeure, d’agir. Devenir une alliée des autochtones, c’est se solidariser et défendre un intérêt commun. Devenir une alliée, ce n’est pas mettre de l’engrais dans le jardin voisin pour le nourrir, ni planter une clôture pour le protéger, ni décider de ses semences pour le faire fructifier, c’est cultiver son propre jardin pour qu’il devienne un écosystème bénéfique aux autres. Le passage de Joséphine au cégep a laissé des traces indélébiles. On l’écoute, elle nous sourit, on lit ses livres, on la questionne, on l’enseigne. De mon côté, je soutiens la démarche d’autochtonisation du cégep, et par conséquent, la démarche d’alliance. Je pose des actions, je diffuse de l’information, j’invite des Autochtones, je parle dans mes cours de leurs réalités passées et présentes. Au-delà de ces initiatives et des mots, je suis aussi consciente que mon engagement doit s’inscrire dans une réflexion continue sur ma propre posture et …
Témoignages et autres contributions
Devenir une alliée, au-delà des mots[Record]
- Annie Nantel
Online publication: March 24, 2026
A document of the journal Revue d’études autochtones
Volume 54, Number 1, 2026, p. 91–92
Écrire les voix du territoire. L’écrit à la lumière de l’oralité : hommage à Joséphine Bacon
© Annie Nantel, 2026

