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Témoignages et autres contributions

Utshimashkuess, la pacifique guerrière des Innuat[Record]

  • Anne Panasuk

Joséphine, Shushepin, je la connais depuis que j’ai pris des cours d’innu-aimun à l’Université de Montréal, au mitan des années 1970. Nous étions une poignée de curieux ou, comme moi alors, des anthropologues qui devions travailler avec les Innus. Un demi-siècle est passé. Aujourd’hui, la professeure connue d’un petit monde universitaire est devenue une vedette. Que dis-je, une rock-star ! Invitée à travers le monde ; accueillie par des applaudissements nourris ; attendue dans les parcs urbains pour obtenir une dédicace ou une photo. Une muse et un modèle comme me l’ont dit plusieurs auteurs ou artistes issus de Premières Nations. À l’époque, les anthropologues comme Sylvie Vincent ou José Mailhot, ceux et celles qui ont fondé la revue Recherches amérindiennes au Québec, l’engageaient comme traductrice ou interprète. Elle était davantage un « truchement » comme étaient nommés les premiers interprètes en Amérique. Joséphine expliquait la pensée des anciens en traduisant leurs mots. Joséphine m’a déjà raconté en riant ces premiers moments de sa collaboration où il leur fallait bouger, voire sauter sur place tout en travaillant, pour se réchauffer dans les pauvres locaux de la revue.. Au cours de ces décennies suivantes, on se voyait à l’occasion. Devenue journaliste, j’ai parfois fait appel à elle pour traduire les propos d’aînés innus que mes jeunes interprètes avaient de la difficulté à déchiffrer. Tout ce temps passé à comprendre les aînés, non seulement leurs façons de s’exprimer, mais leurs façons de voir la vie en recueillant leurs histoires, a transformé Shushepin qui est devenue à son tour porteuse de ces récits du Nutshimit. Elle ne s’en cache pas. Elle le revendique. « Je veux être poète de la tradition orale, parler comme les Anciens, les vrais nomades. Je n’ai pas marché Nutshimit, la terre. Ils me l’ont racontée. J’ai écouté mes origines. Ils m’ont baptisée d’eau, de lac pur » écrit-elle (Bacon 2018 : 1). L’autrice Laure Morali a raconté comment elle a incité Joséphine à publier ses poèmes jusqu’ici griffonnés sur des bouts de papier, voire une nappe. Cette prise de parole va tout changer et influencer les générations suivantes d’Innus et aussi de jeunes d’autres nations. Dans son premier recueil de poésie, Maya Cousineau Mollen, une jeune autrice originaire d’Ekuanitshit, offre un poème à Joséphine « Moi, akuatishkueu ». Dans son deuxième, ce n’est pas un, mais trois poèmes qui célèbrent celle qu’elle surnomme Utshimashkuess, la pacifique guerrière des Innuat. « On sait que ma poésie est colérique, mais elle n’est pas moralisatrice, ni accusatrice […] humilité et Joséphine, c’est synonyme. C’est quelque chose qui me guide tout le temps », précise Maya qui vient de sortir un nouveau livre « Pour chaque perle offerte ». Sa mère Anne et Joséphine étaient amies lorsqu’elles étaient toutes les deux au pensionnat. Mais Maya n’a connu Joséphine qu’en milieu urbain où elle est touchée par la bienveillance qui se lit sur son visage. Joséphine lui a fait rencontrer son agent, un tournant pour sa carrière d’écrivaine. Je lui demande lequel de ses trois poèmes écrits en son honneur serait à privilégier : Marcher avec Joséphine ! L’autrice wendat, Andrée Levesque Sioui, avec laquelle Joséphine a couru les festivals littéraires européens, affirme, rien de moins, qu’elle lui a enseigné à être humain. « Si je retiens une chose de ce qu’elle m’a enseignée et qu’elle m’enseigne encore, c’est comment être un humain. » Comment être humain, en écho le titre du film de Kim O’Bomsawin sur Joséphine qui s’intitule Je m’appelle humain, sorti en 2020 en pleine pandémie et qui, malgré cela, s’est mérité …

Appendices