Complètement montréalaise – elle y vit depuis 50 ans – et complètement fille de la forêt – elle est née dans la forêt – Joséphine Bacon transporte une poésie portagée de génération en génération depuis plus de dix mille ans. Elle connaît des histoires transmises oralement qui parlent encore des mammouths. Quand elle est arrivée à Montréal, elle a vécu avec un bébé castor pendant plusieurs mois. Elle connaît la Petite Italie comme sa poche et a la meilleure recette de spaghetti à l’huile d’olive et à l’ail. Quatre fois kukum, elle a aussi quatre enfants, dont deux jumelles. C’est une mère poule. Parfois le soir, quand le ciel est bien dégagé, elle se met à la fenêtre et dit : « Tu te rends compte, on vit avec les étoiles ! » Quand elle retourne à Pessamit, son village d’enfance, elle court dans les blés comme une petite fille. Et quand elle est en Bretagne, elle danse avec les marins. Elle est très désobéissante. Elle est aussi grande de coeur qu’elle est petite de taille. Joséphine Bacon est une rockeuse imprégnée d’Esprits. Poète, Joséphine Bacon est l’autrice de recueils bilingues écrits à la fois en innu-aimun et en français, et traduits en différentes langues. Elle est aussi parolière de chansons, réalisatrice de films, interprète de l’innu-aimun, enseignante et Aînée en résidence à l’UQAM. Une constante dans ces différentes réalisations est sa détermination à transmettre sa culture, le mode de vie et les connaissances de ses ancêtres nomades, qui parcouraient le Nutshimit, et qui lui ont transmis leurs récits alors qu’elle les traduisait en assistant des anthropologues comme Rémi Savard, Sylvie Vincent ou José Mailhot dans leurs recherches. écrit-elle dans son premier recueil de poèmes, Tshissinuatshitakana/Bâtons à Message. Les poèmes de Joséphine Bacon préservent de l’oubli des mythes fondateurs, des savoirs traditionnels, des récits de vie et des mots précieux qu’utilisaient les nomades dans le Nutshitmit. Les écrits de Joséphine Bacon sont autant de portes pour aller interroger les aînés, des ouvertures vers des bibliothèques de savoirs vivants. Sa poésie, qui va au coeur des êtres et au coeur des choses en très peu de mots, peut toucher tout le monde. Elle vous plante des flèches en plein coeur pour vous permettre de voir clair à travers l’eau de vos larmes. Joséphine fait oeuvre de transmission, ce qui représente à la fois un don pour les générations futures et une façon de créer des ponts. Son oeuvre poétique et sa présence émouvante favorisent un rapprochement entre peuples, tout en redonnant aux mots essentiels toute leur force vitale et leur éclat. Joséphine : Dans ma langue, le mot « nature » n’existe pas. Il y aurait Inniun, la Vie. La vie, c’est la nature, c’est la terre. Dans la vie, on retrouve tout. On fait partie d’une vie qui inclut les êtres vivants, les animaux, les humains. Quoi de plus vivant que la terre et la nature ? Si la nature meurt et si la terre tombe malade, on meurt nous aussi. Dans tout ça, il faut être capable d’être vivant et de s’arrêter un peu pour se dire : on a cette chance que la vie soit avec nous. Bien sûr, on laissait la terre se reposer, on laissait les mythes se reposer et on laissait les animaux se reposer pendant tout l’été. Il faut qu’on arrête de penser qu’on est les maîtres de tout, ce n’est pas vrai. Les maîtres, c’est la terre, c’est la nature. Le respect et l’espoir bien sûr. Il faut garder espoir qu’on va apprendre à respecter Inniun, la Vie, c’est ce que …

