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Témoignages et autres contributions

Ghislain Picard raconte sa tante Joséphine : une rassembleuse[Record]

  • Ghislain Picard

Propos recueillis par Marie Léger et Pierre Trudel

Je la connais depuis longtemps, et des souvenirs me reviennent, même si son passage à Pessamit était sporadique puisqu’elle est allée au pensionnat de Maliotenam. Nous savions que nous avions des liens familiaux ; mon grand-père maternel s’est marié trois fois. Ma mère est issue du premier mariage et Joséphine du second. C’était une grosse famille et quelle famille ! Lorsqu’elle revenait du pensionnat, parfois elle habitait chez nous. Elle y trouvait son « espace » avec ma mère, mais aussi avec d’autres aînés qui constituaient des références pour elle et avec qui elle établissait des liens de proximité. Adolescent, je me souviens de l’avoir vue en compagnie des anthropologues Serge Bouchard, Rémi Savard et José Mailhot à Pessamit, anthropologues que j’ai eu l’occasion de connaître davantage plus tard. Son travail consistait à établir des liens entre ces spécialistes et la communauté. J’ai constaté par la suite qu’elle établissait ces liens avec l’ensemble des communautés innues. Elle a joué ce rôle longtemps, jusqu’à récemment d’ailleurs. Au début de ma vingtaine, elle habitait surtout à Montréal. C’est une personne qui a un cheminement atypique : pensionnat, oui ; survivante, oui. Elle a réussi à développer une résilience au moyen de sa poésie et de ses témoignages qui décrivent les divers passages de sa vie. J’étais impressionné par sa capacité de s’adapter aux différents dialectes innus. C’est quelque chose que j’ai finalement appris par moi-même. Je me souviens de mes premiers voyages à Pakua Shipu, j’avais de la difficulté à comprendre la langue, comme plusieurs membres de ma communauté, d’ailleurs. Je peux maintenant m’asseoir avec les gens de toutes les communautés et bien les comprendre. Joséphine, elle, bien avant moi, a maîtrisé le dialecte de Natashquan comme celui de Sheshashit au Labrador. Pour revenir à mes souvenirs de l’époque du pensionnat, lorsque j’étais adolescent, je la voyais réapparaître lors de ses allers-retours du pensionnat de Sept-Îles, comme le faisaient bien d’autres de Pessamit. À l’époque, pour nous, le pensionnat faisait partie de la réalité. Comme une formalité à laquelle nous ne réfléchissions pas vraiment. J’y suis allé pour une visite avec mon père ; le pensionnat n’avait pas vraiment mauvaise réputation à l’époque. S’il y a eu des histoires d’horreur à ce pensionnat de Maliotenam, il se peut que ce soit de façon isolée. Ce n’était sans doute pas aussi répandu que cela a pu l’être ailleurs dans d’autres institutions, comme en Saskatchewan ou dans l’est du pays, et qui ont fait les manchettes des journaux. Malgré le fait que ces horreurs étaient moins généralisées, elles étaient tout aussi inacceptables. Les gens ont gardé « en dedans » d’eux et d’elles ce qu’ils et elles ont vécu au pensionnat. Ils et elles en parlaient peu. Dans le film Je suis humain, c’est bien discrètement qu’elle aborde la question. Pour répondre à votre question à savoir si elle parlait toujours innu en revenant du pensionnat : mais oui. Sachez que c’est plutôt moi qui, enfant, ne parlais plus sa langue maternelle ! Car j’ai passé sept mois à Mont-Joli, dans un sanatorium, pour un traitement de la tuberculose. Je parlais uniquement français à mon retour. J’avais sept ou huit ans. Hors du pensionnat, à Pessamit, au primaire, avec les soeurs, c’était aussi le « régiment ». On ne subissait pas ce que les gens qui fréquentaient le pensionnat subissaient, car nous revenions chez nous le soir. On passait une bonne partie de la journée littéralement sous le joug des soeurs. Je me souviens que pour avoir lancé une motte de neige, elles m’ont frappé avec la « strappe » ! À votre …