La première fois que j’ai croisé Joséphine, c’était au micro ouvert autochtone en 2023. Je lui ai parlé du fait que j’essayais d’apprendre ma langue, nelueun, mais que c’était difficile. C’est là qu’elle m’a dit qu’elle allait sûrement être bientôt à l’UQAM et qu’elle allait enseigner l’innu-aimun aux étudiants et étudiantes autochtones. Ensuite, elle m’a dit que je devrais en parler à Yvette (en parlant de Mme Mollen) et elle m’a partagé sa joie de savoir que des jeunes aient ce désir d’apprendre. Plus tard dans la fin de semaine, on se recroise et elle me pointe avec une excitation palpable en disant à Mme Mollen : « Regarde ! C’est de lui dont je te parlais ! Je vais bientôt lui apprendre l’innu ! » Je les salue, en tentant de cacher ma gêne face à des femmes aussi importantes pour la préservation de la langue innu. Quelques mois plus tard, Joséphine commence effectivement son contrat à l’UQAM. Chose promise, chose due : on commence des cours hebdomadaires d’innu-aimun. On est généralement deux ou trois à suivre ce cours. Disons que ce n’est pas la même dynamique que dans une grande classe. Au début, on apprend les bases, mais plus ça avance, plus les cours ressemblent à Joséphine qui commence en débutant par « Bon, qu’avez-vous envie d’apprendre aujourd’hui ? » D’autres fois, c’est selon son inspiration personnelle du jour. Un matin qui m’a marqué est celui où elle nous a fait apprendre : « Kashikat, mishta-takau unuitimit, kau pipun. Nin, nitakushin kie apu mininniuian. Eku tshil, tan eshpalin ? » (« Aujourd’hui, il fait très froid dehors, c’est l’hiver à nouveau. Moi, je suis malade et aussi, je ne vais pas bien [en parlant de santé]. Et toi, comment ça va ? »). Joséphine était effectivement malade cette journée-là, mais elle a quand même trouvé un moyen de nous enseigner quelque chose. Avec le temps, les cours se sont transformés en discussions, en tipatshimuna, en atalukana, en conseils, en réponses à nos questions sur notre culture et, bien sûr, sur notre langue. C’est devenu une habitude de passer au local Niska les journées où Joséphine y est, même si parfois ce n’est que pour venir dire bonjour. Elle a aussi instauré les mardis midi où tout le monde est invité à venir dîner et, régulièrement, des gens de tous les horizons viennent la voir. Chaque fois, elle fait preuve d’un accueil chaleureux, d’une grande écoute et offre des conseils avisés. En ce qui me concerne, j’ai bâti une relation avec Joséphine qui va au-delà des murs de l’université. Je sais que je peux l’appeler quand j’ai besoin, et elle aussi sait qu’elle peut le faire. Je ne retiens que du beau de cette kukuminash. Je me souviendrai toujours de la fois où, de ce matin, l’été passé, où j’étais dehors à l’hôtel à Québec et tout à coup, je l’entends crier mon nom et je la vois courir dans mes bras. Je chéris les deux jours que nous avons passés ensemble, allant d’une journée en rencontre d’une chaire de recherche et une soirée de contes à Mashteuiatsh, à un départ en pick-up à 3 h du matin pour se rendre à son cours du matin à Odanak, en finissant avec une conférence qu’on donnait ensemble à Montréal le soir. C’est à ce moment que j’ai réalisé à quel point elle a de l’énergie à un niveau que j’espère atteindre un jour. Maintenant, ça me fait un peu drôle quand quelqu’un parle de Joséphine en l’appelant madame Bacon. Pour moi, c’est tout simplement Joséphine, une …

