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Témoignages et autres contributions

À la rencontre de Joséphine, Shushepin ou BibitteUne Innue, porteuse d’histoire, aux multiples talents et aux milles parcours[Record]

  • Sylvie Loslier

Comment parler de Joséphine Bacon, cette femme au sourire franc et lumineux, issue du Peuple rieur pour reprendre l’expression de Serge Bouchard (Bouchard et Lévesque 2017) ? Comment rendre hommage à cette Innue, née à Pessamit, qui a marché et rêvé des territoires réels et imaginaires, et qui revient toujours au Nutshimit, celui de son origine. Son mot préféré dans sa langue maternelle, l’innu-aimun, signifie l’intérieur des terres : « J’ai choisi Nutshimit, parce que toute mon identité est là-bas. Je suis originaire du Nutshitmit, bien avant d’être originaire d’une réserve. » (Bouchard 2020) Au cours des années, elle explore le territoire de la culture et des mots pour les adopter, les rendre signifiants, les transmettre et les partager à travers des récits, des films, des chansons, des contes et des poèmes. Elle fréquente plusieurs milieux, tantôt dans les festivals de contes, tels ceux de l’Innucadie, tantôt dans ceux de la poésie tel celui de la Biennale internationale des Poètes en Val-de-Marne, en France. On la retrouve comme traductrice, parolière, enseignante, réalisatrice, conteuse, poète, aînée et gardienne des savoirs innus. Sa présence chaleureuse et bienveillante en fait une figure d’altérité significative pour les autochtones comme pour les allochtones, tissant des ponts d’amitié et des passerelles de possibilités vers une réconciliation avec l’histoire des Premiers Peuples et des Québécois. À travers les années, Joséphine a emprunté divers chemins pour affirmer ses identités et se réapproprier l’innu-aimun. « Toute ma vie, j’ai appris à comprendre ma langue. » Son ouverture aux autres et sa curiosité ont marqué profondément ses amitiés, ici comme ailleurs. Tout au long de son parcours de vie, ses rencontres ont été des moteurs de créativité et ont révélé ses nombreux talents. Les gens l’aiment, elle leur fait du bien, ses yeux pétillants les charment et leur soufflent de l’espoir comme le souligne Marie-Andrée Gill, poète ilnue, au journaliste Alexandre Sirois : « Joséphine incarne le charisme naturel : on l’aime instantanément », « Malgré les tentatives d’assimilation et d’acculturation, la force de la langue et de la culture innues ont trouvé un passage précieux en elle », a-t-elle ajouté, précisant que Joséphine Bacon incarne l’espoir (Sirois 2024). Comment parler de Joséphine Bacon ? Nous avons d’abord eu l’idée de la rencontrer afin de lui laisser la parole et de lui permettre de se raconter. Mais nous avons tôt fait de constater que notre projet d’entrevue avec Joséphine trébuchait sur sa modestie et sur la richesse de ses expériences de vie. C’est pourquoi nous avons invité d’autres voix à se joindre au projet de lui rendre hommage. Nous voulons ici souligner son immense apport à la connaissance et au rayonnement de la culture innue, à la transmission des savoirs et au développement de relations interculturelles harmonieuses en retraçant les grands moments du parcours de vie de Shushepin, « un humain » aux multiples talents et aux mille parcours. Certaines rencontres ont été particulièrement marquantes pour Joséphine, telle celle avec Sylvie Vincent, anthropologue regrettée, une amie qui l’a décrite si justement comme « Une femme aux multiples talents qu’elle a développés en autodidacte, capable de s’adapter à tous les milieux, curieuse, généreuse et sociable. Une femme qui ne cesse d’avancer même si la marche est parfois difficile ; qui ne cesse d’approfondir et de transmettre ses connaissances sur sa culture, et ce, pour les jeunes de sa nation, certes, mais aussi pour les Non-Innus d’ici et d’ailleurs. Elle est le portrait moderne du “truchement”, celle qui, de multiples façons, ouvre des portes entre la culture innue et la culture occidentale. » (Allocution de Sylvie Vincent 2015) …

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