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Comptes rendus

Le caribou n’a plus le même goût : les aînés Inuit observent les changements climatiques, José Gérin-Lajoie, Alain Cuerrier, Laura Siegwart Collier et Esther Lévesque, dir. Presses de l’Université du Québec, Québec, 2024, 304 p.[Record]

  • Éric Chalifoux

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  • Éric Chalifoux
    Rédacteur, Revue d’études autochtones et coordonnateur général, GRIAAC/CIÉRA-MTL

Ce magnifique ouvrage présente les résultats de nombreux séjours sur le terrain, d’activités de surveillance communautaire et d’entretiens avec plus d’une centaine d’aînés et d’experts locaux issus de huit communautés inuit du nord du Canada. Codirigée par José Gérin-Lajoie (Université du Québec à Trois-Rivières), Alain Cuerrier (Jardin botanique de Montréal et Université de Montréal), Laura Siegwart Collier (Parcs Canada) et Esther Lévesque (Université du Québec à Trois-Rivières), cette publication est issue des recherches d’une équipe pluridisciplinaire, dont le principal objectif est de comprendre comment les changements environnementaux dans l’Arctique canadien affectent la flore composant la toundra arctique et plus particulièrement l’écologie des espèces productrices de petits fruits (bleuets/myrtilles, canneberges/airelles rouges, camarines noires et chicoutés/plaquebières). La présente édition, en inuktitut (dialecte du Nunavik, Québec) et en français, fait suite à une première édition, publiée en 2016 en inuktitut (dialecte de Baffin, Nunavut) et en anglais au Nunavut Arctic College. Avec une présentation bilingue sur deux colonnes, la présente édition est destinée aux Nunavimmiuts (habitants du Nunavik, région inuit du nord du Québec) ainsi qu’à toute la francophonie. Les traductions en inuktitut et en français ont été faites à partir du texte anglais de la première édition (p. XIX). La présente édition est toutefois légèrement enrichie d’informations sur les personnes participantes avec l’année et le lieu de naissance de celles-ci « afin de mieux situer leurs références temporelles et spatiales » (ibid.). Des informations supplémentaires ont été ajoutées sur les petits fruits et de nouvelles photographies ont été intégrées pour illustrer les propos des experts locaux. Tout comme dans l’édition de 2016, la présente édition débute avec un avant-propos rédigé par Mary Simon, ancienne présidente du Conseil circumpolaire inuit et maintenant Gouverneure générale du Canada. Sur le plan méthodologique, les entretiens ont été réalisés de 2007 à 2010 auprès de 144 personnes aînées et détentrices de savoirs locaux (88 femmes et 56 hommes, dont l’âge variait de 44 à 92 ans) provenant de huit communautés réparties dans trois des quatre régions inuit du Canada : Kugluktuk (17 personnes), Qamani’tuaq/Baker Lake (24), Pannirtung (19) et Mittimatalik/Pond Inlet (15) au Nunavut ; Umiujaq (20), Kangiqsujuaq (17) et Kangiqsualujjuaq (9) au Nunavik et Nain (23) au Nunatsiavut (p. 6). Après les pages liminaires, l’ouvrage se divise principalement en deux parties : 1) « Synthèse des changements environnementaux intercommunautés » ; puis 2) « Synthèses des changements environnementaux par communauté » dans les régions inuit du Nunavut, du Nunavik, puis du Nunatsiavut. Dans la partie I, on indique que de nombreux changements environnementaux sont communs à la majorité des communautés du Nord (abondance accrue des arbustes, diminution du couvert de neige, vents plus fréquents, dégel du pergélisol, débâcle plus hâtive de la glace de mer, etc.) [p. 17] Certains changements, d’origine plus locale, témoignent de l’importance de consulter plusieurs communautés au sein de chacune des régions (ibid.). Dans la partie II, on présente brièvement chacune des huit communautés inuit qui ont participé au projet ainsi que toutes les personnes aînées interviewées. Il est intéressant de remarquer que les changements climatiques ne semblent pas faire consensus parmi les personnes interviewées de certaines communautés, alors que ces changements sont observés et identifiés dans d’autres communautés. Par exemple, très peu des personnes interviewées à Qamani’tuaq/Baker Lake ontobservé un changement dans la végétation autour de leur communauté, alors que « [c]ertaines espèces de plantes, comme les épilobes, sont plus prolifiques, et de nouvelles espèces végétales apparaissent ». (p. 62) À Kangiqsujuaq, les personnes interviewées ont mentionné « que les itinéraires de voyage traditionnels sont affectés par plusieurs changements environnementaux, ce qui rend plus difficiles les déplacements …