Comme tu dis, Denis, il y a une dimension réparatrice dans la réconciliation, dont la nécessité de se réparer soi-même. Quand on apprend la vérité à partir de nos expériences, de nos rencontres et des discussions, comme ce que l’on fait aujourd’hui, on apprend à voir ce qu’on a perdu. Moi, je fais partie de la génération qui a été éduquée dans un système scolaire où l’on préconise le français. Je serais qui, moi, si j’avais appris ma langue ? Qui serions-nous s’il n’y avait pas eu les pensionnats ? Tu sais, ces questions-là, je me les pose. On est rendus à l’étape où ce qu’on veut, en tant que Peuples autochtones, c’est se réapproprier notre langue, notre système d’éducation. La réconciliation, c’est aussi être capable de se découvrir, d’apprendre à se connaître, puis de s’accepter comme on est. Je ne sais pas comment l’expliquer parce que je n’ai pas encore été capable de mettre des mots là-dessus, même si ça fait un certain temps que j’y réfléchis, mais la réconciliation, ce n’est pas un résultat. C’est se mettre dans un processus de cheminement pour être capable de retrouver un équilibre, de se sentir compris dans tous les domaines de sa vie, que ce soit en éducation ou en santé, par exemple. Car notre situation actuelle a été influencée par les impacts du colonialisme. Dans le processus entourant la réconciliation, nous devons reconnaître que le colonialisme est encore présent aujourd’hui dans les différentes sphères de nos vies. Il ne s’agit pas de dire que les Canadiens sont coupables de l’état actuel des choses. Mais ces gens-là doivent comprendre comment ce beau pays qu’est le Canada s’est constitué. Je pense en effet qu’il faut reconnaître la vérité avant de chercher la réconciliation. Ça va être très long de reconstruire la vérité parce que nous-mêmes, on ne comprend pas encore tout à fait ce qu’il nous est arrivé et on commence à peine ce travail. Il va falloir qu’on enseigne ces choses à nos jeunes parce que ce n’est pas à l’école qu’ils vont apprendre ça. Là encore, les programmes embellissent l’histoire, folklorisent notre culture. Je pense que chaque personne qui s’intéresse à la réconciliation va devoir se situer dans cet exercice-là pour être capable de faire quelque chose de constructif finalement. Ce sont des réflexions que j’ai souvent en tant que spécialiste en éducation. De mon point de vue, il ne suffit pas de simplement parler de réconciliation et de réaliser des activités en classe autour de la réconciliation quand on est enseignant. Ça va beaucoup plus loin que ça. Il faut apprendre à poser des actions réparatrices. Moi, j’ai l’impression que la réconciliation est un mot à la mode qui va dans tous les sens. Nous devons développer ensemble, collectivement, des réflexions à ce sujet-là, dans l’espace éducatif et dans l’espace public. En y réfléchissant, je suis à l’aise avec l’idée de me réconcilier d’abord avec moi-même. Mais après ? Avec qui je dois me réconcilier ? Je ne vais pas me réconcilier avec un inconnu qui ne connaît pas notre histoire ! Est-ce que je dois me réconcilier avec le gouvernement, le musée et toutes ces institutions qui font des initiatives en faveur de la réconciliation ? Je n’aurais pas assez de temps dans ma vie pour me réconcilier avec tout ce monde. Et eux, qu’est-ce qu’ils font pour se réconcilier avec moi ? Ils posent des gestes, ils posent des actions. Chacun fait sa propre réconciliation et a sa propre conception de ce qu’est la réconciliation. Mais au-delà de la dimension personnelle, il y a toute une dimension …
Discussion sur la réconciliation[Record]
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Suzy Basile
Professeure, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, titulaire de la recherche du Canada sur les enjeux relatifs aux femmes autochtones, directrice du Laboratoire de recherche sur les enjeux relatifs aux femmes autochtones — MikwatisiwDenis Vollant
Consultant en affaires autochtones, Innu Takuaikan Uashat Mak Mani-UtenamNancy Wiscutie-Crépeau
Professeure, Institut national de la recherche scientifique, Unité mixte de recherche en études autochtones INRS-UQAT

