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IntroductionRetours critiques sur la réconciliation, dix ans après la Commission de vérité et réconciliation du Canada[Record]

  • Marie-Pierre Renaud and
  • Caroline Hervé

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  • Marie-Pierre Renaud
    École d’études autochtones, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue et Département d’anthropologie, Université Laval
    marie-pierre.renaud@uqat.ca

  • Caroline Hervé
    Département d’anthropologie, Université Laval et Chaire de recherche sur les relations avec les sociétés inuit
    caroline.herve@ant.ulaval.ca

Il y a dix ans, en décembre 2015, la Commission de vérité et réconciliation du Canada (CVRC) publiait son rapport après huit années de travail acharné pour révéler au grand jour les expériences vécues par les peuples autochtones dans les pensionnats du pays. Quatre-vingt-quatorze appels à l’action ont alors inondé les ministères fédéraux et provinciaux et ont glissé vers les institutions, organisations et associations qui en découlent, imprégnant également le secteur privé. Depuis, la réconciliation entre les peuples autochtones et non autochtones est devenue une préoccupation politique et sociale majeure au Canada. Elle s’est imposée comme un projet sociétal et constitue un objectif désirable qui apparaît comme une évidence pour nombre d’actrices et d’acteurs. Or, de nombreuses critiques, adressées notamment par des chercheurs autochtones, ont vu le jour au cours de la dernière décennie, mettant en évidence le caractère superficiel de l’intention nationale de réconciliation et l’inefficacité de sa mise en oeuvre. Ce numéro propose de poser un regard critique sur la réconciliation alors que dix ans se sont écoulés depuis le dépôt du rapport de la Commission de vérité et réconciliation du Canada. Avant tout, ce numéro a pour ambition de mettre en évidence la complexité du processus de réconciliation au Canada en offrant des points de vue différents, mais complémentaires, sur ce que le terme de réconciliation englobe et en présentant des initiatives concrètes en matière de réconciliation, tout en s’intéressant à leur charge symbolique et à leurs effets. Ce numéro prend appui sur les réflexions menées en sciences sociales sur le processus de réconciliation, en le considérant avant tout comme une préoccupation politique contemporaine dont il s’agit de saisir le contexte d’émergence, les articulations historiques et contemporaines et les dynamiques de pouvoir et d’identité sous-jacentes (Celis et al., 2020 ; Richards et Wilson 2017 ; Wilson 2003). Nous souhaitons ainsi mettre en lumière les écarts entre les perspectives autochtones et non autochtones sur la réconciliation et révéler la forme dominante que lui donne l’État canadien. L’introduction de ce numéro propose une mise en contexte dans laquelle nous présentons la genèse du processus de réconciliation au Canada, la façon dont les différents auteurs définissent et perçoivent la réconciliation, les critiques qui lui ont été adressées et les avenues proposées pour cheminer vers une réconciliation désirée comme étant authentique. Les contributions incluses dans ce numéro proposent des réflexions, à partir d’expériences et de points de vue variés, sur la réconciliation au Canada et offrent des analyses portant sur des cas concrets de mise en oeuvre de celle-ci. Dès les années 1970, les commissions de vérité et réconciliation (CVR) se sont multipliées à travers le monde (Angel 2010, 2012 ; Hayner 2011 ; Jaccoud 2016). Selon l’anthropologue Richard Wilson, « l’idée de la ‘réconciliation nationale’ a émergé d’un ensemble particulier d’expériences historiques et politiques, notamment les transitions vers la démocratie libérale qui s’est produite à la fin de la Guerre froide » (Wilson 2003 : 368), tout en puisant, comme le mentionne Nnaemeka Ali dans sa réflexion publiée ici, dans les notions chrétiennes de pardon et de réconciliation (O’Sullivan 2014 ; Richards et Wilson 2017 ; Rymhs 2006 ; Wilson 2003 ; Wyile 2017a, 2017b). Les années 1990 sont marquées par une « prolifération mondiale » de la réconciliation (Wyile 2017a). En Argentine, la Commission nationale sur la disparition des personnes (1983) est considérée comme la première d’une longue série ayant enquêté sur des situations de troubles politiques, de guerres civiles, de répressions politiques ou encore de génocide. Plus d’une quarantaine de commissions ont été dénombrées depuis cette date (Richards et Wilson 2017 : 2), principalement en Afrique (Tunisie, Burundi, …

Appendices