Abstracts
Keywords:
- nursing education,
- decision-making,
- Canada Research Chair
Pouvez-vous décrire l’objet de votre programme de recherche et donner quelques exemples d’études que vous mènerez dans le cadre de la chaire ? Vous pouvez aussi nous parler brièvement des étapes pour obtenir une telle subvention. Le phénomène qui m’anime et qui a guidé le développement de mon programme de recherche, c’est le nombre important de décisions que prennent les infirmiers et les infirmières. Des études disent qu’une décision est prise toutes les 30 secondes. Ma pratique clinique s’est déroulée en soins critiques. Ce sont des milieux où il y a beaucoup de décisions prises dans l’urgence, l’incertitude et le stress. La pression du temps est réelle, mais je sais que ce n’est pas exclusif à ces milieux. Au départ, c’est le phénomène du jugement clinique qui m’intéressait. Au fil du temps, j’ai réalisé qu’on forme souvent les infirmières et les infirmiers à donner les « bonnes » réponses cliniques, mais pas nécessairement à tenir compte du fait que les décisions se prennent dans un contexte. Une décision est toujours située, influencée par les interactions, les environnements. Rien n’est purement rationnel ou cliniquement optimal. D’autres facteurs entrent en ligne de compte. Il faut en tenir compte à la fois lorsqu’on enseigne et lorsqu’on examine comment les décisions sont prises. Je me suis donc intéressé au jugement clinique, c’est-à-dire à la manière dont on se forme une impression de ce qui se passe dans une situation : quels sont les besoins du patient ? Quels problèmes rencontre-t-il ? Quelles décisions en découlent ? Il s’agit de comprendre la situation et de décider d’intervenir ou non. Mes travaux m’ont ensuite amené à approfondir le concept d’autonomie professionnelle, soit la capacité de prendre des décisions cliniques de manière indépendante, autonome, dans le respect de son champ de pratique. C’est ce qui m’intéresse : comment les infirmières et infirmiers prennent des décisions, comment on les prépare à prendre ces décisions, tant par la formation qu’en créant des environnements qui les soutiennent en clinique ? En somme, comment leur donner les moyens d’exercer leur profession avec autonomie au sein des systèmes de santé ? La mission de la Chaire de recherche est d’étudier comment les infirmiers et les infirmières développent leurs capacités à prendre des décisions fondées sur leur jugement clinique dans des environnements complexes et de concevoir des interventions pédagogiques qui favorisent cette autonomie. On a examiné, chez des novices en formation, l’évolution de leur prise de décision et de leur jugement clinique sur 3 ans, à l’aide d’études longitudinales. On travaille aussi avec des experts dans leur domaine, qui ont plusieurs années d’expérience. Tous soutiennent qu’ils connaissent les trajectoires des patients, qu’ils sont capables d’anticiper et donc qu’ils savent exactement ce qu’ils ont à faire. Malgré cela, on observe tout de même des contrastes dans les décisions des experts, ce qui amène à demander comment leur expertise fait une différence. En fait, la différence semble liée à la manière dont les experts arrivent à naviguer dans ce contexte : avec qui ils travaillent, dans quelle mesure ils connaissent les ressources à leur disposition, et comment ils choisissent de mobiliser un protocole ou non ? Parfois, ils s’allient avec des acteurs stratégiques ou des personnes qu’ils savent plus réceptives à leurs suggestions. Il y a une compréhension des ressources, des relations interpersonnelles et des règles informelles au sein des milieux et de la culture, ce qui les aide à se construire. Un des projets sur lesquels on travaille présentement est de documenter des trajectoires de développement de la capacité de prise de décision dans la première année de pratique : comment les infirmières et …

