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Comptes rendus de lecture

Jean-Marc Narbonne, Protagoras, premier penseur de la démocratie : une relecture philosophique et historique, Paris/Québec : Vrin/Presses de l’Université Laval, collection « Zêtêsis », 2024, 260 pages[Record]

  • Dave Savard

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  • Dave Savard
    Université du Québec à Rimouski/Cégep de Baie-Comeau

Dans Protagoras, premier penseur de la démocratie : une relecture philosophique et historique, Jean-Marc Narbonne offre une exploration érudite et innovante de la pensée de cette figure de proue de la philosophie antique. L’ouvrage, d’une portée remarquable, réexamine les contributions du célèbre sophiste en les inscrivant dans le contexte d’enjeux modernes liés à la démocratie. Le livre de Narbonne constitue une analyse approfondie de la pensée de Protagoras, structurée en trois grandes parties qui examinent successivement les dimensions philosophiques, politiques et historiques de son oeuvre. Dans la première partie, consacrée au Théétète de Platon, Narbonne explore les fondements philosophiques de la pensée protagoréenne. Le chapitre inaugural, L’humain est la mesure de toutes choses, analyse le célèbre principe de Protagoras et ses implications relativistes. Le deuxième chapitre, Le défi relativiste de Protagoras, approfondit les critiques que Platon adresse au sophiste, tout en exposant la pertinence de ses idées. Enfin, le troisième chapitre, Aristote contre Protagoras et un Aristote « protagoréen » ?, met en lumière les tensions conceptuelles entre les visions aristotélicienne et protagoréenne, tout en envisageant une lecture nuancée où Aristote pourrait intégrer certains aspects de la pensée de Protagoras. La deuxième partie, centrée sur le dialogue Protagoras de Platon, analyse le mythe d’origine et le discours explicatif attribués au sophiste. Le premier chapitre fournit un commentaire détaillé du mythe, mettant en évidence sa portée philosophique et politique. Les chapitres suivants examinent la conception de la cité et de l’organisation sociale selon Protagoras, soulignant sa contribution à une compréhension démocratique des institutions et à une vision éducative de la participation citoyenne. La troisième et dernière partie, intitulée Protagoras dans l’histoire de la pensée : un survol, élargit l’analyse en retraçant l’évolution de la réception des idées protagoréennes à travers les siècles. Le premier chapitre, Protagoras de l’Antiquité jusqu’à Hegel et Grote, offre une perspective historique sur l’influence de ses thèses, tandis que le second chapitre s’intéresse à leur réinterprétation par les courants philosophiques de la période moderne. Dès les premières pages, Jean-Marc Narbonne inscrit son analyse dans une démarche ambitieuse, mêlant une relecture historique à une réflexion philosophique. L’auteur affirme que Protagoras, traditionnellement réduit à son rôle de sophiste relativiste, mérite d’être reconsidéré comme un véritable penseur démocratique. À travers une structure claire articulée autour du Théétète, du Protagoras et de l’héritage historique, Narbonne démontre que Protagoras a joué un rôle clé dans l’élaboration d’une vision démocratique fondée sur le respect de la pluralité des opinions et sur la promotion de l’éducation civique. Ce livre s’inscrit ainsi dans une tentative de réhabilitation philosophique et historique, qui redonne à Protagoras la place qu’il mérite dans l’histoire de la pensée. Le relativisme est au coeur de la pensée de Protagoras, souvent résumée par la fameuse maxime : « L’homme est la mesure de toutes choses ». Pour Narbonne, cette affirmation ne doit pas être interprétée comme un rejet absolu de toute vérité universelle, mais plutôt comme une reconnaissance de la diversité des perceptions humaines. Cette pluralité, loin de conduire à une anarchie morale, constitue le socle d’une démocratie fondée sur le dialogue et la tolérance, selon Protagoras. L’auteur insiste sur le fait qu’une vision relativiste est compatible avec l’existence de principes communs, nécessaires pour assurer la cohésion sociale. Narbonne remet en question la critique platonicienne de ce relativisme en montrant comment Platon, dans le Théétète et le Protagoras, confronte cette position aux exigences d’une recherche de la vérité. Cependant, sans discréditer Protagoras, ces critiques permettent plutôt, selon l’auteur, de mieux comprendre les limites et les possibilités de la pensée de ce philosophe. En ce sens, …