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Étude critique

Une philosophie réaliste de la surpriseÉtude critique de Natalie Depraz, La Surprise. Crise dans la pensée, Paris : Seuil, 2024, 352 pages[Record]

  • Luz Ascarate

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  • Luz Ascarate
    Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

L’ouvrage sur lequel nous réfléchissons ici est une oeuvre philosophique consacrée à la surprise. Mener un projet philosophique à partir d’un seul concept implique de prendre de nombreux risques. D’un côté, en cherchant à trop embrasser par ce concept, c’est-à-dire en exigeant de lui qu’il réponde aux questions les plus importantes de la philosophie, on risque d’en perdre la spécificité, la singularité. D’un autre côté, si l’on cherche à être le plus précis possible dans son analyse, on pourrait perdre la pertinence philosophique de sa réflexion. Ces risques apparaissent d’autant plus clairement lorsqu’il s’agit d’un concept aussi quotidien et aussi peu exploré dans le champ philosophique que celui de la surprise. Demander trop de philosophie à la surprise, n’est-ce pas risquer de la perdre de vue ? Comprendre la surprise ne nécessite-t-il pas d’aller au-delà de la perspective philosophique ? Ce dernier point est fondamental, car la surprise, par sa nature même, est une expérience qui a lieu lorsque quelque chose échappe à notre compréhension, celle qui rend possible notre capacité projective, notre faculté d’anticipation. D’un autre côté, la philosophie consiste à poser des questions problématiques afin de mieux comprendre ce qui nous apparaît. Une philosophie de la surprise semblerait donc chercher à comprendre la surprise et, ce faisant, à lui ôter cet élément d’incompréhension qui rend les surprises surprenantes. Notre question est donc de savoir si Natalie Depraz, dans son ouvrage récent consacré à la surprise, parvient à éviter ces écueils et à nous offrir une réflexion philosophique qui, sans perdre de vue la singularité de la surprise, montre la pertinence philosophique de ce concept et parvient à nous transmettre une compréhension de cette expérience sans chercher à nous extraire de son caractère surprenant. Pour répondre à cette question, il est d’abord nécessaire d’observer dans quel horizon philosophique Natalie Depraz s’inscrit. Pour ceux à qui l’oeuvre de cette philosophe n’est pas étrangère, nous savons que cet horizon n’est autre que celui de la tradition phénoménologique, là où la phénoménologie sait dialoguer avec les sciences positives, telles que la psychiatrie, la neurologie ou la psychologie. L’un des précurseurs de ce type de dialogue est l’énactiviste Francisco Varela, dont les travaux ont influencé l’autrice. Dans ce qui suit, nous chercherons à soutenir notre hypothèse selon laquelle l’ouvrage que Natalie Depraz consacre à la surprise parvient à surmonter avec brio les risques inhérents à toute philosophie qui cherche à être une philosophie de la surprise. Elle nous offre ainsi une réflexion qui, tout en s’appropriant suffisamment le concept pour en rendre compte dans sa particularité et en préservant intact l’élément intrinsèque d’incompréhension qui permet à la surprise d’être surprenante, permettrait aussi à la philosophie de se renouveler à partir de lui. Cette philosophie est une phénoménologie qui, grâce aux efforts de l’autrice, semble poser les bases d’une phénoménologie réaliste. Notre argumentation se développera en deux temps. Nous montrerons, tout d’abord, comment cette oeuvre s’inscrit dans la tradition phénoménologique. Puis, nous défendrons l’idée que la phénoménologie de la surprise de Natalie Depraz est une philosophie réaliste. Si une philosophie d’orientation idéaliste a très peu fait pour le thème de la surprise, c’est une phénoménologie réaliste qui cherche à donner à ce concept sa dignité philosophique en le situant au coeur de la structure de la relation d’un soi à un autre. Nous montrerons en quel sens la philosophie en a trop fait pour pouvoir comprendre la surprise. Nous reviendrons sur la critique formulée dans cet ouvrage à l’égard de l’ontologie et de la logique, qui perdent de vue ce qui fait la spécificité de la surprise. C’est en reprenant ce qui est propre …

Appendices