L’étude de Jean-François Perrier sur la dimension politique dans la pensée de Marc Richir apporte une contribution décisive à la recherche sur ce dernier, en corrigeant un déficit jusqu’alors négligé dans l’histoire de sa réception. Comme le démontre de manière convaincante Perrier, la question du politique n’est en aucun cas un problème marginal ou secondaire dans la phénoménologie de Richir, mais un élément constitutif de son développement théorique. Cela se voit déjà dans la genèse de l’oeuvre : comme le prouve une documentation abondante, les premiers écrits politiques de Richir sont nés en même temps que ses travaux théoriques. Son influence intellectuelle précoce par des philosophes politiques, tels qu’Abensour, Gauchet, Clastres, Lefort et Castoriadis, ainsi que son environnement, dans la revue Textures, souligne l’étroite imbrication des deux domaines. Le travail de Perrier montre en détail que de nombreux concepts centraux de Richir sont déjà présents dans ses premières analyses sociopolitiques. Perrier corrige ainsi l’impression selon laquelle le politique serait un sujet spécifique dans l’oeuvre de Richir et souligne l’importance égale de sa phénoménologie politique par rapport à sa phénoménologie théorique. Mon effort pour rendre hommage au travail de Jean-François consistera donc à proposer une manière d’aborder, dans le sillage de sa vision d’ensemble, les questions politiques à venir et de les mettre en relation avec d’autres approches. Les constellations recherchées de différentes oeuvres philosophiques peuvent avoir été ignorées pour diverses raisons. Elles peuvent être considérées comme illégitimes ou généralement en dehors du champ de recherche. Les constellations peuvent ne pas avoir été prises en considération par l’auteur lui-même de l’oeuvre, ou peut-être s’est-il déjà exprimé de manière critique, négative ou polémique à leur sujet. Dans ce dernier cas, il revient au chercheur des constellations de montrer comment ces obstacles pourraient être surmontés. En ce qui concerne l’oeuvre politique de Richir, on peut distinguer deux constellations : l’une formelle et architectonique, et l’autre plus concrète, politique et historique. Se pose en outre le problème d’une possible incommensurabilité méthodologique. Il incombe au chercheur des constellations de clarifier les aspects qui laissent apparaître des ambiguïtés et des divergences. Le rapport entre la méthode phénoménologique et la méthode d’analyse structurelle ou archéologique en serait un exemple. Il semble y avoir ici une incohérence fondamentale. Richir ne s’était-il pas donné pour tâche d’opposer à cette « mode » française de la théorisation postmoderne l’impensé d’un sens créateur ? Pour comprendre le rejet apparemment général de Richir, jetons un coup d’oeil à son essai « Sens et Paroles : pour une approche phénoménologique du langage ». Nous y trouvons des remarques qui attribuent au structuralisme, dans sa forme non philosophique, une valeur certaine pour l’élaboration d’une « phénoménologie du langage ». Richir écrit ainsi que L’idée de base semble être que l’attitude passant par l’analyse des structures doit avant tout être dissociée de sa tendance intrinsèque à être confondue avec un instrument de justification ultime, c’est-à-dire avec la philosophie. Cette tendance est critiquée par Richir — en quelque sorte en inversant la critique husserlienne du psychologisme — qui montre que la formalité et la simplicité de l’idée de structure ne permettent en aucun cas de conclure à une primauté épistémologique. Au contraire, la formalisation serait le résultat tardif d’une genèse complexe et à plusieurs niveaux, dont les conditions préalables ne peuvent en aucun cas être considérées comme éliminées par sa simplicité. En raison de cette cécité, elle serait non seulement inappropriée sur le plan philosophique, mais elle ne pourrait pas non plus prendre en considération le problème génétique fondamental de « l’autonomisation de l’institution symbolique en Gestell symbolique fonctionnant ». Si l’on tente ici d’établir …
Institution symbolique et destitution pratique : une constellation richirienne-agambienne ?[Record]
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Philip Flock
Bergische Universität Wuppertal (Allemagne)

