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Disputatio

Précis de La pensée politique de Marc Richir. Phénoménologie, anarchie et utopie[Record]

  • Jean-François Perrier

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  • Jean-François Perrier
    Département de philosophie, Cégep Garneau

Ce livre est le fruit de mes années de recherches doctorales sous la direction de Sophie-Jan Arrien (Université Laval) et Alexander Schnell (Bergische Universität Wuppertal). Je m’étais donné principalement deux objectifs. Le premier était d’interroger et de mettre à l’ordre du jour la dimension politique de la phénoménologie de Marc Richir, qui n’a à ce jour guère retenu l’attention. Qu’il s’agisse d’ouvrages comme le Routledge Handbook of Political Phenomenology, des philosophies politiques contemporaines en général ou encore des interprétations au sein même des cercles proprement richiriens, sa pensée politique est restée pour l’essentiel peu ou pas commentée. C’est la raison pour laquelle je me suis donné comme projet une lecture immanente de la volumineuse oeuvre de Richir, en suivant un ordre plus ou moins chronologique. Il me fallait en effet montrer que la réflexion politique chez Richir n’est pas un épiphénomène, mais quelque chose qui amorce et porte son projet d’une refonte de la phénoménologie, et ce, même dans les livres de phénoménologie proprement transcendantale (les plus éloignés, en apparence, de la question politique). Le deuxième objectif était tributaire du premier, à savoir tâcher de conserver, au meilleur de mes capacités, une visée introductive, afin de pouvoir faire sortir la pensée politique de Richir des cercles restreints et, conséquemment, de lui donner une voix dans les réflexions politiques contemporaines. Il m’est en effet apparu que la phénoménologie politique de Richir était an-archiste en un double sens. D’une part, en relevant une dimension proprement an-archique et a-téléologique de la phénoménalité des phénomènes qui entend saper toute tentative de fondation. D’autre part, comme pensée politique qui prend acte de cette dimension phénoménologique an-archique afin d’en dégager ses implications proprement politiques. Avant même d’aborder les grandes lignes de cet ouvrage divisé en six chapitres, j’aimerais m’attarder très brièvement sur l’idée d’une refonte de la phénoménologie et non pas d’une énième refondation. Le fait que Richir définit la plupart du temps son projet comme une refonte de la phénoménologie ne l’a pas empêché d’user parfois du concept de « refondation ». Pourtant, le projet de (re)fondation renvoie presque toujours chez lui à un problème, à savoir celui d’une circularité entre le « fondement » (Fundament) et le « fondé » (Fundiert), comme si le rapport entre les deux pouvait être purement univoque, voire unilatéral. Or, il me semble que toute l’entreprise richirienne consiste à démontrer l’impossibilité de l’uni(vo)cité de toute fondation. Elle met au coeur de l’analyse les zones d’indétermination qui travaillent de l’intérieur cette circularité et à en démontrer le caractère dangereusement illusoire. En ce sens, l’idée même d’une archi-tectonique phénoménologique n’est pas à entendre comme une phénoménologie qui exhiberait des arkhai — à partir desquels il faudrait construire une architecture de l’arkhè —, mais plutôt comme une « tectonique de l’archaïque ». Cette tectonique de l’archaïque entend se montrer méthodologiquement attentive aux transpositions architectoniques entre différents registres de la phénoménalité, toujours dans la perspective de ne jamais en revenir à un fondement stable et positif. Autrement dit, l’architectonique phénoménologique doit être comprise comme une tentative de subversion des fondations. Cette impulsion, qui consiste à élaborer l’architectonique ainsi comprise, se manifeste dès les premiers travaux de Richir dans la revue Textures. Dès la fin des années 1960, il désire développer une « théorie ultra-métaphysique », à savoir une théorie qui ne saurait se réduire à un fondement monnayable en règles et qui dicterait la manière de penser et d’agir des êtres humains. Le chapitre 1 entend développer cette théorie liée à ses travaux anthropologico-cosmologiques, principalement à l’oeuvre dans Au-delà du renversement copernicien (1976) et dans un …

Appendices