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Dossier « La Philosophie de Marguerite Porete »

La philosophie de Marguerite PoreteIntroduction au dossier[Record]

  • Geneviève Barrette

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  • Geneviève Barrette
    Université McGill/Collège Ahuntsic

De Marguerite Porete ne nous est parvenu qu’un seul ouvrage, le Miroir des simples âmes. Ce livre et son autrice connurent un destin pour le moins singulier. Vers 1300, l’ouvrage fut brûlé une première fois sur la place publique de Valenciennes et interdit de diffusion par Gui de Colmieu, évêque de Cambrai. Marguerite brava vraisemblablement la prescription épiscopale, car elle fut conduite en 1308 à Guillaume de Paris, qui agissait alors comme inquisiteur de France. Refusant de collaborer aux procédures de son procès, l’autrice fut déclarée relapse le 31 mai 1310 et livrée au bras séculier. Elle fut brûlée vive avec son livre le lendemain, Place de Grève, émouvant la foule par son attitude digne. Le Miroir des simples âmes continua de circuler de façon anonyme jusqu’à son association, en 1946, avec la femme mise au bûcher en 1310. Il passa notamment entre les mains d’Eckhart de Hochheim, Jan Van Ruusbroec, Jean Gerson, Marguerite de Navarre et Simone Weil. Le décret Ad nostrum, qui circonscrit l’hérésie du Libre-Esprit, fut élaboré sur la base d’erreurs imputées au Miroir des simples âmes. Cette bulle papale, à teneur théorique, est issue des délibérations du Concile de Vienne de 1311-1312, de même que le décret Cum de quibusdam mulieribus, qui autorisait les évêques à démanteler les béguinages érigés sur le territoire de leur diocèse. Si Marguerite n’a pas été exécutée expressément pour ses idées, mais en raison de son insubordination à l’autorité inquisitoriale, différents éléments doctrinaux du Miroir des simples âmes ont été jugés erronés par des instances ecclésiales, d’abord par l’évêque de Cambrai, Guy de Colmieu, puis par un comité de théologiens, auquel Guillaume de Paris avait soumis une liste d’articles extraits du Miroir et, enfin, par une commission réunie lors du Concile de Vienne. Mais que contient ce livre ? Le Miroir des simples âmes est un écrit d’édification spirituelle dans lequel Marguerite Porete décrit les étapes que l’âme peut parcourir jusqu’à l’état mystique et, ultimement, jusqu’à la béatitude. Originalement rédigé en ancien picard, il nous est parvenu par quatre traditions manuscrites : en latin, en italien, en moyen anglais et en moyen français. Le texte comporte 139 chapitres dans le manuscrit de Chantilly. Il est, dans sa forme générale, un dialogue entre l’Âme, dame Raison et dame Amour. Il ne présente pas une progression linéaire, mais est plutôt une composition de différents types d’écrits. Les discussions entre les protagonistes sont interrompues par des chants et poèmes, des développements théoriques, des allégories et des exemples de figures bibliques ayant parcouru les étapes menant à une expérience spirituelle particulière. L’autrice conçoit cette expérience en termes d’anéantissement. Elle affirme que l’âme n’est véritablement libre que lorsqu’elle n’a plus de volonté propre et que l’âme qui fait l’expérience de l’anéantissement n’est plus sous la domination des Vertus, de Raison ni d’« Église-la-Petite ». Bien que plusieurs études récentes aient contribué à mettre au jour des aspects de la pensée de Marguerite Porete, différents éléments de celle-ci sont toujours à établir ou à approfondir. Le présent dossier rassemble des textes contribuant à pallier ce manque. Il est par ailleurs l’occasion de soulever (1) la question de l’appartenance de la pensée de Marguerite à la philosophie de son époque, (2) celle de son inclusion dans le canon philosophique actuel et, si cette inclusion devait s’avérer, (3) celle encore de l’intérêt que présente la mise au jour des éléments philosophiques du Miroir des simples âmes. L’histoire de la philosophie a été, de façon générale, l’histoire de textes produits par des hommes. À l’époque à laquelle Marguerite Porete écrivait, cela s’explique par différents facteurs. …

Appendices