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Revue des revues

Jeu, nos 193, 195 (2025)Théâtre/Public, no 256 (2025)Thaêtre, no 9 (2025)[Record]

  • Gabrielle Boucher ORCID logo

Irruption dans le réel, jeu entre le vrai et le faux, illusion, opposition entre ce qui est montré et ce qui est caché, dialogue intertextuel, adaptation, transformation ou métamorphose d’un texte source : autant de sujets et de thèmes mis en lumière dans les quatre numéros de revues dont nous proposons le survol. Au coeur des questionnements soulevés dans le numéro 256 (« Théâtre et numérique ») de Théâtre/Public réside l’idée que le recours au numérique favorise l’émergence de nouveaux imaginaires. Les dossiers des numéros 193 (« Matériaux ») et 195 (« Figures du palimpseste ») de Jeu mettent respectivement de l’avant l’intrusion de matériaux divers dans la représentation et une variété d’interprétations ou d’incarnations du palimpseste. Le neuvième chantier (« Tubes en scène! ») de Thaêtre, quant à lui, pose un regard sur « l’irruption du tube sur les scènes théâtrales contemporaines », notamment sur l’aspect performatif de son entrée en scène et sur scène. Enfin, l’ensemble propose de s’interroger sur la possibilité, pour citer Cécile Auzolle (Thaêtre), de « dilater l’instant », que ce soit par le biais du numérique, des théâtres-matériaux, de l’adaptation et d’autres formes de réécriture, ou encore par le tube. L’écart par rapport au présent et la connaissance, voire la reconnaissance d’une source autre mènent les spectateur·trices à porter un regard distinct, à la fois proche et distant, sur la représentation. Le dossier du numéro 256 de Théâtre/Public, coordonné par Jean-Louis Besson et Jean Boillot en collaboration avec Lisa Gautier et Hao Yang, se penche sur les « nouveaux imaginaires que le “numérique” dessine ». Ce numéro fait écho à celui, intitulé « Théâtre et technologie », publié en 1996 dans la même revue sous la direction de Frédéric Maurin. Les notions de multimédia, d’immersion, d’interactivité, de virtuel, de technophobie, de cyber, d’humanoïde et de dystopie y étaient alors abordées. La présence de la technologie et du numérique dans différentes sphères de la vie a depuis augmenté, accroissant l’urgence d’interroger l’apport de ces outils à la représentation, véritables déclencheurs d’une boucle de dépendance dopaminergique pour le moins inquiétante. Force est de constater que l’intrusion du numérique, que ce soit dans les médias sociaux ou par l’intermédiaire de la réalité augmentée, modifie les relations au temps et à l’espace, catapultant les spectateur·trices que nous sommes dans un rapport trouble à l’existence. De surcroît, l’intelligence artificielle (IA) s’étend et se répand partout sur son passage. Dans cette optique, le numéro aborde les questions suivantes : comment le théâtre compose-t-il avec la distance instaurée ou imposée par le numérique? Quels aspects sont montrés ou dissimulés par l’IA et la réalité augmentée, à la scène ou sur scène? Le théâtre est-il « amélioré » par ce recours à des réalités alternatives? Comment la présence du numérique transforme-t-elle les interactions, les échanges, les rapports et la relation entre les différents actants de la représentation théâtrale? En outre, comment l’incursion de la technologie résonne-t-elle, ou pas, avec le deus ex machina de l’Antiquité grecque? Plus encore, bien que les créateur·trices de théâtre actuel se réclament parfois d’être « technophobes », le sont-il·elles réellement? Les auteur·trices, principalement des chercheur·euses, ont tenté de répondre à ces questions à l’aide, notamment, d’entretiens menés avec des artistes. D’entrée de jeu, Gautier nous invite à explorer le potentiel utopique de la dramaturgie dans les mondes numériques où « [l]es jeux vidéo et les réseaux sociaux, souvent définis par leur dimension participative, interactive et immersive, interrogent le théâtre dans son rapport au spectateur et à la fiction ». En ce sens, comme le souligne Gautier, ils engagent « un changement de paradigme …

Appendices