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Le pont

Des traces qui nous habitent : réflexions autour d’un atelier écosomatique[Record]

  • Johanna Bienaise ORCID logo,
  • Germain Ducros ORCID logo and
  • Alice Blanchet-Gavouyère ORCID logo

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Lors du colloque de la SQET en juin 2023, l’équipe de recherche du projet Pratiques écosomatiques en danse et performance au Québec proposait un atelier d’exploration du lieu et du corps comme espaces d’inscription de traces de diverses natures. Notre groupe de recherche est composé de membres qui proviennent tous et toutes du domaine de la danse ou de l'éducation somatique. Lorsque nous nous sommes réuni·es au début de l’automne 2022 afin de constituer un groupe de lecture d’écrits philosophiques, écoféministes et écosomatiques, il nous semblait évident d’ajouter, dans nos séances collectives de discussion, des expérimentations pratiques afin de mettre notre compréhension des textes en mouvement, d’imaginer comment les mots pouvaient résonner et raisonner dans nos corps. Ces temps de pratique, ce tressage théorie / pratique, cet entrelacement de dispositifs visant à nourrir la recherche nous a invité⸱es à aborder le vaste domaine des écosomatiques en mobilisant toute une palette d’intelligences (intellectuelle, praxéologique, émotionnelle, somatique) et en créant un espace-temps liminal, à la temporalité flottante, propice à l’éveil des sens, et parfois à un léger état de transe. Il s’agissait ainsi pour nous de valoriser nos savoirs sensibles, les savoirs du corps et du geste qui nous constituent comme artistes et chercheur·euses. Les pratiques écosomatiques s’apparentent à plusieurs égards aux épistémologies autochtones qui, de leur côté, s’ancrent dans des savoirs ancestraux, transmis le plus souvent par l’oralité mais surtout par l’expérience, par la mise en pratique. La lecture des écrits de Robin Wall Kimmerer a particulièrement résonné avec notre compréhension des liens possibles entre une approche autochtone de la connaissance et nos pratiques écosomatiques. Dans son livre Braiding Sweetgrass (2013), Kimmerer dévoile comment son enseignement magistral de la biologie s’est rapidement transformé en un enseignement sur le terrain, au sein même de la forêt, pour permettre à ses étudiant⸱es d’apprendre directement des plantes, par une découverte expérientielle et sensible. En offrant ses cours en extérieur, Kimmerer a transformé sa posture d’enseignante, pour faciliter la rencontre entre ses étudiant·es et la source des savoirs transmis, favorisant ainsi une compréhension incarnée de la matière. Depuis plus de 25 ans, la recherche-création en arts vivants à l’université développe de la même façon une épistémologie de la praxis comme source de savoirs. Ce que l’on sait et découvre nait du geste artistique et de la sensibilité de l’artiste, sur le terrain de création. Il n’est pas étonnant de voir aujourd’hui se développer de manière exponentielle la pratique de l’entretien d’explicitation (Vermersch, 1994) dans les recherches en arts afin d’aller sonder les savoirs d’action des artistes, des savoirs ancrés dans leur pratique de création (Bienaise et al., 2025; Ducros, 2025). La recherche-création valorise de cette manière l’articulation fine de la pensée et du geste artistique, et donc l’articulation entre plusieurs types de savoirs, de manière déhiérarchisée et absolument complémentaire. Une lecture, une théorie ou un concept n’ont alors du sens que s’ils font écho à un vécu, à une expérience, à une intuition sensible. C’est seulement à cette condition que le savoir se révèle et surtout laisse une trace, c’est-à-dire inscrit son empreinte dans notre compréhension du monde, notre manière d’être à lui, mais aussi dans une histoire individuelle et collective. À ce titre, il nous apparaissait essentiel de proposer une expérimentation pratique dans le cadre du colloque sur les traces en arts vivants, pour saisir à quel point nous sommes en constant dialogue avec la mémoire d’un lieu ou d’une pratique. C’est le cas lorsque nous nous rendons attentif·ves aux traces relevées par un pistage sensoriel à l’intérieur comme à l’extérieur de soi. Plus largement, la pratique même en arts vivants, par une …

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