Abstracts
Mots-clés :
- dispositif,
- dramaturgie,
- témoignage,
- révéler,
- réel
Depuis l’automne 2023, l’axe Théorie et critique de la Société québécoise d’études théâtrales (SQET), composé des chercheur·euses Lorie Ganley, Pierre-Olivier Gaumond, Enzo Giacomazzi et Nicole Nolette, s’est donné le mandat de réfléchir aux particularités et aux singularités des dramaturgies québécoises contemporaines. Dans la lignée des travaux de Jean-Pierre Sarrazac, nous avons souhaité amorcer une réflexion sur les écritures théâtrales en nous intéressant à certains concepts développés dans ses recherches. Dès lors, grâce à l’appui du Centre des auteurs dramatiques (CEAD), nous avons veillé à aménager des espaces d’échanges et de collaboration avec les auteur·trices du Québec qui façonnent les écritures présentes et à venir. Chaque année, les activités et réflexions de cet axe s’articulent autour d’un thème permettant d’éclairer un pan de ce qui fait dramaturgie dans le contexte québécois. Cette démarche se déploie en deux temps : elle consiste d’abord à établir un dialogue avec des artistes, puis à présenter ce qui a émergé de ces rencontres lors du colloque annuel de la SQET. Le texte qui suit, issu d’une communication présentée dans le cadre du colloque Quels théâtres de l’en-commun? Apprendre, accompagner et être ensemble s’étant tenu à Saguenay, au Québec, du 5 au 7 juin 2025, vise à élaborer un premier bilan critique sur les dernières activités menées par l’axe. Il s’agira notamment d’expliciter le cheminement des chercheur·euses de l’axe et de mettre en lumière les questionnements et hypothèses rencontrés. Au cours de l’année 2023-2024, nous avons choisi de commencer nos travaux en réfléchissant au thème du fleuve Saint-Laurent et des eaux qui irriguent l’ensemble du territoire québécois. Cette perspective nous a fait explorer les multiples manières dont le fleuve, les lacs et les rivières structurent, ou du moins influencent, certaines écritures québécoises, tant dans les imaginaires qu’elles déploient que dans leur composition même. Au cours de cette première année de recherche, nous avons convié les écrivain·es Marianne Dansereau, Rébecca Déraspe et Dave Jenniss à une conférence-discussion intitulée « Et si aujourd’hui j’avais le pouvoir d’un fleuve de mots : imaginaires, structures et influences du fleuve et de l’eau dans la dramaturgie québécoise », laquelle s’est tenue le 18 avril 2024 dans les locaux du CEAD, à Montréal, et a été diffusée sur la plateforme numérique Theatreagora.ca. Par la suite, nous avons invité plusieurs chercheur·euses et praticien·nes à participer à une séance de travail dans le cadre du colloque annuel de la SQET (Université Laval, Québec, 2024). Les contributions de Guy-Philippe Côté, Catherine Cyr, Geneviève Dupéré et Jeanne Murray-Tanguay ont alors permis d’approfondir les perspectives sur les rapports entre dramaturgies et eaux, en les abordant respectivement à la lumière de l’hantologie derridienne, de l’écopoétique, de la recherche-création circassienne et de l’autothéorie. Les échanges qui ont eu lieu sur les divers processus d’écriture ou de création à partir du thème des eaux nous ont permis de révéler une mission ou une volonté commune chez les créateur·trices traitant de ce sujet : lier et rallier la société au fleuve, colonne vertébrale du territoire québécois. Qu’ils soient espaces de l’imaginaire, lieux de l’enfance ou encore sources d’un langage poétique, le fleuve et les eaux deviennent un langage dramatique qui semble vouloir renouveler nos relations actives et signifiantes avec le vivant. Lors de la rencontre au CEAD, Jenniss expliquait : « Le fleuve nous observe, il est notre témoin. Il est à la fois le témoin de nos actions et de notre passé, mais également des inégalités. Parallèlement, l’eau est également un témoin de la survie pour celles et ceux qui dépendent de la présence des eaux ». L’image du témoin s’est révélée intrinsèque à l’évocation du fleuve et des …
Appendices
Bibliographie
- BOUDREAULT, Dany et Gurshad SHAHEMAN (2024), Sur tes traces, Besançon, Les Solitaires intempestifs, « Du désavantage du vent ».
- CÔTÉ, Véronique et Steve GAGNON (2012), Chaque automne j’ai envie de mourir, Montréal, Hamac, « Hamac-Théâtre ».
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- DANSEREAU, Marianne (2018), Hamster, Montréal, Dramaturges éditeurs, « Théâtre ».
- DELCUVELLERIE, Jacques (2011), « De l’usage du témoignage en scène : entretien avec Fabien Darel », Études théâtrales, nos 51-52, p. 56-64.
- DÉRASPE, Rébecca (2023), Les glaces, Montréal, Ta Mère.
- DERRIDA, Jacques (1993), Spectres de Marx : l’état de la dette, le travail du deuil et la nouvelle internationale, Paris, Galilée, « La philosophie en effet ».
- FRÉCHETTE, Carole (2023), Ismène, Montréal, Leméac, « Théâtre Leméac ».
- GÉLINAS, Gratien (1960), Bousille et les justes, Québec, Institut littéraire du Québec.
- GIRARD EDDAHIA, Nadia (2022), Disgrâce, Longueuil, L’instant même, « L’instant scène ».
- JUBINVILLE, Yves (2009), « Portrait de l’auteur dramatique en mutant », Voix et images, vol. 34, no 3, p. 67-78.
- LARAMÉE, Justin (2022), Run de lait, Montréal, Somme toute, « La scène ».
- OLIVIER, Anne-Marie (2020), Maurice, Longueuil, L’instant même, « L’instant scène ».
- RYKNER, Arnaud (2011), « Théâtre-témoignage / théâtre-testament », Études théâtrales, nos 51-52, p. 165-171.
- RYKNER, Arnaud (2008), « Du dispositif et de son usage au théâtre », Tangence, no 88, p. 91-103.
- SARRAZAC, Jean-Pierre (2012), Poétique du drame moderne : de Henrik Ibsen à Bernard-Marie Koltès, Paris, Seuil, « Poétique ».
- SARRAZAC, Jean-Pierre (dir.) (2005), Lexique du drame moderne et contemporain, Belval, Circé, « Penser le théâtre ».
- SARRAZAC, Jean-Pierre (1981), L’avenir du drame : écritures dramatiques contemporaines, Lausanne, Éditions de l’Aire.
- SOLEYMANLOU, Mani (2014), Trois, Longueuil, L’instant même, « L’instant scène ».

