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Face à l’augmentation des parts de marché du cinéma hollywoodien, de même que la popularité croissante des services de TPC qui ne contribuent que faiblement à la découvrabilité et à la popularité des cinémas dits nationaux, l’industrie cinématographique québécoise s’appuie plus que jamais sur ses grands films d’été afin de tenter de se rentabiliser. Ces films d’été peuvent s’apparenter à ce que Charlie Michael (2019) nomme des « blockbusters français », à savoir des films qui bénéficient d’un plus gros budget, priorisent la comédie et sont plus propices à attirer les foules en salles. La production de « blockbusters » d’été mène aussi fréquemment à la sérialisation, soit à la création de suites (sequels) pour les films québécois les plus rentables (Boisvert 2020). Bien que certain·e·s chercheur·e·s se soient intéressé·e·s au cinéma populaire québécois (Marshall 2001 ; Loiselle 2003 ; Santoro 2011 ; Czach 2012, 2016 ; Ransom 2014 ; Aird et Robert 2016), force est d’admettre que ce pan de la production filmique tend néanmoins à être boudé par la recherche, de même qu’au sein des enseignements. Peu de recherches ont été publiées dans les dix dernières années afin de mettre à jour les constats concernant les spécificités thématiques et formelles des comédies d’été produites au Québec. Afin de contribuer à une étude plus exhaustive du cinéma populaire québécois et, ce faisant, encourager l’abandon d’une approche légitimiste en études cinématographiques, nous proposerons dans cet article une analyse des tendances narratives clés du nouveau cinéma populaire québécois, en nous attardant sur les films d’été les plus populaires des quinze dernières années (Bon Cop, Bad Cop 2, De père en flic 2, Les trois p’tits cochons 2, 1991, Le trip à trois, Menteur, etc.). Ce faisant, il s’agira de mettre à jour les constats pionniers de Marshall concernant les caractéristiques du cinéma populaire au Québec. Selon Marshall, les comédies québécoises des années 1990 s’appuyaient sur deux formes de « reconnaissance ambivalente », donnant ainsi lieu à deux grandes tendances au sein des films populaires : le récit centré sur l’exploration des identités de genre et des relations hétérosexuelles, et celui de la rencontre avec l’Autre. Qu’en est-il de ces grandes tendances narratives aujourd’hui ?