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Le dossier : Peuples autochtones et souveraineté des données : enjeux de recherche et souveraineté numérique

Peuples autochtones et souveraineté des données : enjeux de recherche et de gouvernance numériquePrésentation du dossier[Record]

  • Suzy Basile,
  • Ioana Radu and
  • Emmanuelle Piedboeuf

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  • Suzy Basile
    Professeure, École d’études autochtones, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue
    Titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les enjeux relatifs aux femmes autochtones et Directrice du Laboratoire de recherche Mikwatisiw

  • Ioana Radu
    Professeure, École d’études autochtones, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue

  • Emmanuelle Piedboeuf
    Candidate au doctorat sur mesure en études autochtones, École d’études autochtones, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue

L’essor des technologies numériques et des données massives numériques (« Big Data ») annonce une période d’accélération du changement dans les écosystèmes de données à l’échelle mondiale. Ces technologies, combinées à une impulsion dirigée par l’État-nation pour les données ouvertes, sous-tendent de nouvelles pratiques de collecte, d’utilisation, de partage, de gestion et de protection de données, telles que la juxtaposition de données administratives, l’exploration de données sur plusieurs plateformes et l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) dans les programmes gouvernementaux, notamment ceux destinés aux Autochtones (GC, 2025). Ainsi, les données sont devenues une ressource mondiale utilisée pour exercer le pouvoir, prendre des décisions et pour stimuler l’innovation, la découverte et la commercialisation (Walter et al., 2021). Pour les Peuples autochtones, ce nouveau monde numérique offre des possibilités d’accéder aux données (celles produites dans le cadre de travaux de recherche scientifique tout comme celles cumulées par des instances externes) en tant que ressources culturelles, sociales et économiques. Par exemple, l’énorme cache de données administratives liées aux Peuples autochtones pourrait potentiellement déclencher une nouvelle ère d’élaboration et de mise en oeuvre de politiques publiques autochtones. L’IA est de plus en plus utilisée pour transmettre des histoires sur les activités de revitalisation culturelle et linguistique ainsi que pour entreprendre des initiatives de contre-cartographie (counter-mapping) ou de design participatif (participatory design), afin de réaffirmer l’autonomie et la gouvernance autochtones (Gentelet et Bahary-Dionne, 2021 ; Poll, 2016 ; Walter et al., 2021). Cet espace en évolution rapide pose également de nouveaux défis. L’héritage des écosystèmes de données traditionnels se traduit par une infrastructure de mégadonnées qui ne reconnaît ni les visions du monde autochtone ni ne tient compte des besoins des Peuples autochtones en matière de données. Cette réalité reflète l’histoire coloniale où les données ont servi à marginaliser, déposséder, assimiler et invisibiliser les Peuples autochtones. Pierre angulaire de la colonisation, le contrôle de l’information, en incluant les données sur les Premiers Peuples, a mis de l’avant un discours de défaillance, ce que Walter (2016) décrit comme des « données 5D », soit la différence, la disparité, le désavantage, le dysfonctionnement et le dénuement (difference, disparity, disadvantage, dysfunction and deprivation). Magnifiant l’impact de ce cadre discursif, les « données 5D » sont produites au sein d’un ensemble de pratiques de recherche qui tendent à l’agrégation, sont décontextualisées de leur contexte social et culturel et analysées de manière simpliste sur fond de discrimination systémique, avec la « problématique » autochtone comparée péjorativement à la norme non autochtone (Davis, 2021 ; Walter et al., 2021 ; Walter et Suina, 2019). Depuis la publication de l’ouvrage Decolonizing Methodologies ([1999], 2021), de la chercheuse maorie Linda Tuhiwai Smith, le domaine croissant de l’érudition autochtone s’est principalement concentré sur la recherche qualitative, faisant place aux ontologies, épistémologies et méthodologies autochtones qui reflètent les divers systèmes de connaissances et soutiennent les priorités d’autodétermination des Peuples autochtones. Néanmoins, le tournant vers le numérique et les données ouvertes pose des défis spécifiques au patrimoine informationnel autochtone. Les systèmes de croyances et de valeurs sous-jacents, l’approche épistémologique et les hypothèses ontologiques de données quantitatives sont largement tirés d’un positionnement relationnel non autochtone où priment la neutralité et l’objectivité. Pourtant, les technologies de collecte et d’analyse des données et les résultats de ces opérations ne sont pas neutres, elles sont fixées au point de vue social, racial et culturel par leurs créateurs, qui prennent des décisions présomptives pour collecter certaines données plutôt que d’autres, pour interroger certains « objets de recherche » plutôt que d’autres et pour enquêter sur certaines relations variables plutôt que d’autres (Christen, 2012 …

Appendices