Abstracts
Résumé
Dans cet article, nous retraçons, à la lumière de trois moments de transformation ayant marqué au cours du dernier siècle tant les musées que la société en général, l’évolution de sens du concept « social » et de son corollaire plus récent, la justice. Nous abordons ce sujet à partir des idées formulées dans les années 1960 et 1970 par des muséologues engagés, tant dans les pays du Nord que dans ceux du Sud, ainsi que par d’autres acteurs clés du champ muséal associés à l’organisme international qui chapeaute le domaine, l’ICOM. Dans ce contexte, la conception du « social » était largement influencée par les politiques et les programmes de développement de l’après-guerre, qui prônaient le progrès social et économique. Une seconde définition articulée par des théoriciennes et théoriciens critiques au cours des années 1960 à 1980 s’est manifestée par de nouvelles pratiques de réflexivité institutionnelle et professionnelle dans un contexte de demandes croissantes de justice sociale au sein et entre les musées qui a pris place dès les années 1990. Les théories contemporaines de la représentation et de l’interprétation ont permis à un nombre croissant de chercheures et chercheurs de critiquer de façon soutenue les préjugés, les omissions et les régimes disciplinaires inhérents aux récits historiques et hégémoniques des musées, ainsi qu’aux pratiques de collection et d’exposition. Elles ont également appelé au démantèlement des structures de pouvoir inégales au sein de ces institutions et, par conséquent, à l’émergence d’une sphère muséale plus équitable et inclusive. Ces appels à la justice sociale ont récemment pris une dimension et une intention réparatrices. Celles-ci ont conduit à une reconfiguration des fonctions muséologiques, du collectionnement et commissariat, de la conservation, des expositions et de la programmation qui s’alignent sur les principes de la justice réparatrice. L’émergence, à l’échelle globale, au tournant du XXIe siècle, de musées communautaires et , dans certains cas, de musées d’État consacrés aux droits de la personne, et influencés par les théories du soin, de la justice historique ainsi que par la montée des mécanismes de justice transitionnelle, se caractérise notamment par de nouveaux discours sociaux et par de nouvelles pratiques de guérison et de réparation. Dans le monde muséal, cette troisième catégorie introduit des rôles importants et fondamentaux pour les musées qui sont confrontés aux injustices historiques et à l’héritage des traumatismes laissés par la (néo)colonialité, les conflits armés, les régimes totalitaires et les violations des droits humains.
