Depuis plus de deux ans nous assistons, comme Cesar dans les arènes de Rome, aux pires atrocités commises à Gaza par une armée moderne et disposant de toutes les ressources de l’Amérique. Ce qui est troublant, c’est la paralysie du monde occidental face aux drames humains vécus par les Palestiniens, malgré les appels de toutes les organisations internationales de lutte pour la paix et les droits de la personne. Le génocide sous un déluge de feu et la famine, s’accompagne d’une volonté exprimée d’injustice, de violence physique et mentale, de mépris de la vie humaine. Sous prétexte d’amollir l’adversaire qu’est le Hamas palestinien, le gouvernement d’Israël commet les pires crimes de l’histoire. Dans cette catastrophe humanitaire, les propos belliqueux, racistes et génocidaires d’extrémistes israéliens viennent aggraver la situation et la rendre encore plus insupportable pour toute personne raisonnable. Face à cela les universitaires ont été appelés à réagir. Plusieurs initiatives ont été prises et sont toujours en cours à l’Academy of Management, à EGOS et à bien d’autres associations savantes. Les réponses ont été le plus souvent insignifiantes. Même lorsque des groupements d’universitaires sont horrifiés par ce qui se passe dans les territoires occupés palestiniens, ils restent muets comme si la parole ou la liberté d’expression leur avait été enlevée. Plusieurs se sont manifestés pour dénoncer des directives et des pressions qui ont réduit la liberté académique sur le sujet. Nous n’avons pas vu une seule étude universitaire qui prenait le drame palestinien à Gaza comme objet d’investigation ou de réflexion. Toutes les revues, y compris Mi, sont au milieu de ces tensions. Elles sont interpellées comme l’est tout le monde de la connaissance. Il y a une certaine tradition scientifique qui prétend que le savant doit être apolitique et peut être amoral. Notre opinion est qu’un savant est d’abord une personne qui vit dans une société et qui est concerné par son devenir. Ce comportement moral s’impose-t-il dans des situations de conflit ? Lorsque l’humanité tout entière est mise en cause, la réponse est clairement positive. Nous ne pouvons pas prétendre contribuer par nos enseignements et nos recherches à construire des esprits et des sociétés équilibrées si nous pensons autrement. Nous ne serions tout simplement plus légitimes pour ça. C’est pour cela que nous considérons que ce qui se passe à Gaza est un désastre pour tous, pour l’humanité tout entière. Nous ne comprenons pas pourquoi la communauté internationale n’empêche pas le gouvernement d’Israël de commettre le pire des crimes humanitaires. Individuellement, nous exprimons l’horreur que nous ressentons face à autant de désinvolture face à la famine, aux violences de toutes natures, à l’ensauvagement des comportements. Nous appelons à un réveil collectif pour la santé de nos sociétés et de la science. Ce qui se passe à Gaza n’est pas une lutte entre juifs et musulmans ou arabes. Les juifs du monde entier sont eux-mêmes sidérés de voir le comportement du gouvernement israélien et l’ombre que cela jette sur l’image de paix et de raison qu’ils ont toujours voulu projeter. A Gaza, le problème est une domination coloniale qui ne veut pas lâcher prise et n’hésite pas à utiliser des moyens d’un autre âge pour la perpétuer. Non seulement, nous ne pouvons pas la cautionner mais appelons toutes les personnes de bonne volonté à la dénoncer et à trouver des moyens pacifiques pour la combattre.
Les angoisses d’une communauté de savants face au crime de génocide : la morale s’impose-t-elle à la science ?[Record]
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Taïeb Hafsi
Professeur émérite, HEC Montréal
taieb.2.hafsi@hec.ca

