Depuis les travaux fondateurs de Diane Boudreau et de Maurizio Gatti au début des années 1990 et 2000, les études littéraires autochtones au Québec se sont beaucoup enrichies. Tournées en bonne partie vers les analyses textuelles, les recherches ont abordé, entre autres, la souveraineté narrative et visuelle et la réappropriation des récits, le territoire et la littérature, l’expression décoloniale et antiraciste, tout en problématisant la présence des langues autochtones et coloniales dans les oeuvres. Des approches nationales en histoire des littératures autochtones ont permis de peaufiner notre compréhension de la littérature inuite et de la littérature innue, alors que d’autres recherches historiques ont bonifié les premiers inventaires proposés par Boudreau, Gilbert et Gatti. La question de la définition des littératures autochtones est encore à ce jour parmi les plus discutées dans les études récentes. À cet égard, un consensus semble se dégager sur la nécessité, pour mieux comprendre l’histoire des littératures autochtones, d’élargir la définition de la littérature au‑delà des limites linguistiques, géographiques, génériques, formelles et sociales associées aux conceptions dominantes de la littérature. Cette perspective, qu’on pourrait par ailleurs inscrire dans la tradition de l’histoire culturelle, voire de la littérature comparée, s’étend également aux supports, aux modes et aux lieux de production, de diffusion et de réception des textes. Comme l’ont montré des travaux de recherche issus de l’Amérique du Nord anglophone, éclairer les enjeux de l’imprimé et du livre autochtones dans une perspective d’histoire du livre permet de saisir les dynamiques coloniales à l’oeuvre dans le milieu littéraire, tout en mettant en lumière les mouvements de décolonisation qui s’y opèrent. Au Québec, les acteuristes du livre oeuvrent à faire exister la littérature autochtone écrite depuis des décennies. On peut penser au travail éditorial d’organismes comme l’Institut Tshakapesh (anciennement l’Institut culturel et éducatif montagnais, ICEM), à la publication de périodiques comme Kanatha, Tepatshimuwin/Tepashemoun et La voix des Premières Nations (anciennement Innuvelle), aux activités d’impression de manuels et de livres au Collège Manitou, première institution bilingue d’études postsecondaires conçue spécialement pour la formation d’étudiants autochtones venus de partout au Canada. Depuis le début des années 2000, ce secteur d’activités semble en pleine ébullition, que l’on prenne pour exemple la création de la collection « Les loups rouges » au Loup de gouttière, des initiatives de création littéraire comme Aimititau ! Parlons‑nous ! en 2008, la fondation de la librairie et des éditions Hannenorak en 2009 et en 2010, respectivement, en passant par la création en 2015 de l’organisme Kwahiatonhk!, dédié au développement et à la diffusion des écrits autochtones du Québec. Le Salon du livre des Premières Nations, qui rassemble auteurices, éditeurices, chercheuses, chercheurs et grand public dans un événement annuel à échelle humaine, contribue depuis 2011 à la mise en valeur de la littérature autochtone et à la promotion de connaissances à son sujet, y compris en ce qui concerne les enjeux liés à son institutionnalisation. En dépit du déploiement important des structures et des événements dédiés au livre et à l’imprimé autochtones, peu de travaux universitaires ont porté jusqu’à maintenant sur les dynamiques historiques et contemporaines dans le domaine du livre autochtone au Québec. Qui produit le livre et l’imprimé autochtones au Québec, et comment les pratiques ont‑elles évolué dans les dernières décennies, et même les derniers siècles ? Quel est l’apport des structures d’édition dites marginales (organismes, associations, autoédition) à la production de la littérature autochtone au Québec ? Comment les oeuvres autochtones circulent‑elles au‑delà des barrières linguistiques, et quels enjeux la traduction en contexte autochtone présente‑t‑elle ? Quels ont été les mécanismes d’inclusion et d’exclusion des oeuvres littéraires autochtones au champ littéraire québécois, par …
Livres et imprimés autochtones au Québec : édition, traduction, réceptionIndigenous prints and books in Quebec: Edition, translation, reception[Record]
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Marie-Pier Luneau
Université de SherbrookeLouis-Karl Picard-Sioui
Université LavalIsabelle St-Amand
Université Queen’s

