Les Écritures enseignent que Dieu s’est manifesté à l’humanité. Comment éprouver la Vérité de ces textes ? Yves Meessen entend vérifier l’hypothèse que la révélation ne consiste pas à placer le lecteur devant des faits bruts, qu’il s’agirait de constater, mais qu’elle relève d’une expérience à réitérer. Que le texte puisse conduire à une démarche croyante grâce à l’action, voilà ce qui serait à exhumer. Cette recherche conduit l’auteur à entreprendre une étude phénoménologique de la théophanie biblique. Laquelle faut-il choisir ? Est-il possible de dépasser les deux alternatives phénoménologiques, incarnées respectivement par Ricoeur avec la « phénoménologie herméneutique » — où le lecteur se trouve dans la situation de devoir interpréter des textes —, et par Henry avec la « phénoménologie hylétique » — où le vivant éprouve une force vitale à travers son agir ? En montrant l’intérêt de chacune, Y. Meessen propose d’en suivre une troisième, la « phénoménologie pragmatique », inaugurée par Natalie Depraz et qui permet au lecteur de découvrir l’expérience déposée dans le texte. En effet, c’est ici que le lecteur s’aperçoit de l’originalité de la démarche. Il s’agit de ne pas simplement demeurer dans le giron phénoménologique, mais de l’élargir en recourant à la philosophie des actes de langage de J.L. Austin. Cet apport vient creuser un sillon entre le chemin ricoeurien et henryen. Toutefois, le phénoménologue n’en reste pas là. Son projet consiste à repenser la scientificité de la théologie. Les théophanies sont alors considérées comme des récits protocolaires permettant la réitération des schémas opérationnels. Dès lors, il s’agit d’éprouver cette expérience au lieu même de son opérativité. « La voie de l’enseignement (mathein) vient encadrer la voie pathétique (pathein) » (p. 268). La scientificité de l’expérience théophanique n’est plus objective, mais bien intersubjective. Ainsi, ce que le théologien propose c’est de concevoir une théologie apothétique, une théologie fondée sur l’effectivité, qui ne peut surgir qu’à partir d’une implication du sujet, d’une auto-implication (Self-involment). La sacralité des théophanies ne repose plus sur des Écritures sacrées, mais bien sur une sanctification des expérimentateurs. De ce fait, l’auteur soutient que la théophanie est comprise comme un événement impliquant l’activité interprétative du sujet croyant. Pour démontrer son propos, le théologien propose une introduction amenant les fondations théoriques nécessaires permettant d’aborder ce que sont les théophanies bibliques. Passé cette étape, il propose au lecteur un périple à travers l’étude de trois d’entre elles. La première, vétérotestamentaire, « Théophanie I : Du Buisson ardent au Sinaï », n’est pas une théophanie parmi d’autres, mais se présente comme le paradigme même de la théophanie, c’est-à-dire « la révélation des révélations », et permet à l’auteur de montrer que ce texte peut être considéré comme une construction littéraire dans laquelle Moïse est le personnage sur lequel se focalise l’expérience de toute une communauté humaine. Ainsi, il fait de Moïse une figure à la fois historique et fictive. Cet écart entre histoire et fiction permet au lecteur de faire appel à son imagination pour éprouver l’histoire et participer à l’action de Dieu. Faire « comme Moïse » ne revient pas à imiter des actes extérieurs, c’est bien plutôt réitérer l’opération interne. Ceci permet à Yves Meessen de reprendre l’idée de « reprise effectuante » de Jean Ladrière selon laquelle le texte lui-même provoque un déplacement de la modalité intellective de sa réception. Le lecteur comprend dès lors que Dieu ne se manifeste pas dans le registre de la compréhension, mais bien dans celui de l’affection. Ce chapitre permet donc d’exposer un mode théophanique. La seconde théophanie, néotestamentaire, « Théophanie II : Croix et …
Yves Meessen, Théophanie et phénoménologie. Préface de Pierre-Marie Beaude. Genève, Ad Solem (coll. « Théologie »), 2026, 320 p.[Record]
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Anthony Masquelier Université de Lorraine, Metz
