Auteur d’une vingtaine d’ouvrages et de centaines d’articles, qui ont fait reconnaître sa rigueur de doctrine et sa pleine fidélité au Magistère, déployées notamment dans son oeuvre phare Les sources de la morale chrétienne, Servais-Théodore Pinckaers (1925-2008) s’est beaucoup intéressé à la morale catholique et à ses liens avec l’Évangile. Le thème du bonheur a tout particulièrement retenu son attention, comme l’atteste son commentaire des cinq questions que Thomas d’Aquin y a consacrées dans la Somme théologique. Mais cette fois, dans ce texte édité de manière posthume, l’éminent théologien ne propose pas un commentaire du traité thomasien de la béatitude ; « son propos est plutôt de se saisir de l’orientation imprimée par Thomas et de la repenser personnellement dans la perspective de l’époque contemporaine » (préface, p. 9). Cet « ouvrage de maturité, rédigé au soir de la vie de son auteur » (p. 5), son préfacier le qualifie de magistral et prend même soin de détailler ce qui y fait reconnaître l’oeuvre d’un véritable maître de doctrine et de vie. Le Père Somme souligne notamment « l’humilité de coeur […] imprimée dans ce beau livre », à laquelle il invite le lecteur à participer : « C’est le coeur, l’expérience, notamment spirituelle, qui permettront de le faire résonner et d’en tirer profit » (p. 6). Treize chapitres jalonnent le parcours proposé. Le premier aborde directement ce qu’annonce le titre de l’ouvrage : « La question du bonheur dans les béatitudes évangéliques ». L’Écriture, en l’occurrence le Sermon sur la montagne, se voit ainsi mise au premier plan. Un deuxième chapitre explore comment Thomas d’Aquin « appréhende lui-même les béatitudes, en mettant notamment à profit le commentaire d’Augustin sur le Sermon sur la montagne » (p. 7). Un troisième chapitre examine « le bonheur d’après Aristote ». Il s’agit pour le théologien de tirer parti de la sagesse naturelle du Philosophe. Cet examen donne l’occasion de réfléchir sur la relation entre la béatitude imparfaite d’ici-bas et celle de l’au-delà. Le quatrième chapitre aborde une question délicate : « la question de l’eudémonisme en morale chrétienne ». Y fait suite un chapitre sur « La finalité morale », qui souligne la prédominance de la finalité en morale. Le sixième chapitre complète cette réflexion en apportant diverses précisions sur cette finalité. Le septième chapitre est consacré à « la voie spirituelle du bonheur selon saint Thomas ». Les cinq chapitres suivants passent en revue les divers biens susceptibles ou non de procurer le bonheur. Un treizième chapitre conclut l’ouvrage par la mise en relation entre « la béatitude et l’amitié ». Pinckaers introduit à la question du bonheur « par la porte des béatitudes évangéliques » (p. 11). Celles-ci sont abordées « en théologien, en moraliste » (ibid.), dans une perspective synthétique, qui les fait considérer comme un ensemble dans un ensemble : L’éminent théologien considère les béatitudes évangéliques comme « un point d’aboutissement et d’accomplissement des béatitudes […] et des promesses de l’Ancien Testament » (ibid.). Il les rapproche également des proclamations de bonheur du Nouveau Testament, tout en soulignant le caractère incomparable de la série de béatitudes rencontrée au début du Sermon sur la montagne. Par-delà les mots, Pinckaers voit ces béatitudes « prendre place dans la droite ligne des grandes promesses qui entretenaient l’espérance d’Israël » (p. 14). Il les voit aussi comme une reprise directe de l’annonce du Royaume des Cieux, de sorte qu’elles communiquent à l’ensemble du Sermon son orientation. À la recherche des lignes générales qui révèlent la dynamique des béatitudes, notre auteur en discerne trois : …
Servais-Théodore Pinckaers, Un chemin vers le bonheurServais-Théodore Pinckaers, Un chemin vers le bonheur. Les béatitudes évangéliques et la béatitude comme la vision de Dieu, préface et édition critique du texte inédit par Luc-Thomas Somme, Fribourg, Academic Press, 2025, 399 p.[Record]
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Louis Brunet Philosophie, Cégep de Sainte-Foy, Québec
