Some features and content are currently unavailable today due to maintenance at our service provider. Status updates

Notes de lecture

Jean-Michel Servet, L’institution monétaire de l’Humanité, Paris, Classiques Garnier, 2025, 920 p.[Record]

  • Frédéric Hanin

…more information

  • Frédéric Hanin Département des relations industrielles, Université Laval, Frederic.Hanin@rlt.ulaval.ca

L’ouvrage de Jean-Michel Servet est une œuvre-synthèse de ses travaux dont l’écriture relève autant de l’érudition que d’une longue expérience universitaire, dans la droite ligne éditoriale de la collection. C’est en effet un pari osé de vouloir faire la synthèse scientifique d’une question aussi transversale que celle de la monnaie, un objet universitaire avec autant de dimensions, et donc de disciplines différentes. Autant le dire d’emblée, le pari intellectuel est réussi. Pour qui veut effectuer un travail académique sur le sujet, l’ouvrage est destiné à devenir un incontournable. Il fourmille d’exemples et de commentaires sur des sujets aussi différents que la monnaie riz ou encore le Bitcoin. De nombreux encadrés apportent des connaissances complémentaires très utiles dans les sciences sociales. La principale thèse de l’auteur est que la monnaie est un bien commun, au sens d’universel et de communautaire, et non pas un bien public contrôlé par les gouvernements ou une marchandise d’essence privée et à dominante essentiellement pratique (p. 754). Pour cela, il s’inspire des travaux de Karl Polanyi sur la monnaie (p. 208). La monnaie est vue comme un fait social total, un commun. Cette thèse est paradoxalement choquante à la première lecture, car l’universalité de la monnaie ne va pas de soi. La monnaie telle qu’on la connait et qu’on l’enseigne généralement aujourd’hui est plutôt associée à la banque, à la finance, et au capitalisme moderne. Comment dépasser cette contradiction ? C’est là que l’argumentation de l’auteur est particulièrement riche et intéressante pour développer une analyse critique. À l’issue de la lecture, chaque personne se fera sa propre opinion sur la qualité de la démonstration, mais on ne peut pas nier l’utilité de la question. Il suffit pour cela de rappeler que les désordres monétaires, dont les conséquences sont autant individuelles que collectives, sont loin d’avoir disparus de l’ensemble des problèmes sociaux et politiques. Or, l’approche multidisciplinaire qui est proposée conduit à remettre en question un certain nombre de dogmes bien établis, tout en proposant des voies alternatives à la représentation dominante en économie. En ce sens, le chapitre préliminaire est incontournable pour la suite de la lecture, car il présente les fondements épistémologiques du reste de l’ouvrage. La structure de l’ouvrage est divisée en trois parties qui suivent une ligne historico-analytique en s’intéressant à la période archaïque, à la modernité, et à l’a-venir de la monnaie. La première période, dite archaïque, est marquée par la fable du troc et surtout sa contestation. La monnaie est reprise dans ses trois fonctions habituelles d’unité de compte, de moyen de paiement et de réserve de valeur, mais chaque fonction est remise dans un contexte sociologique et anthropologique qui « donne du sens » aux relations qui sous-tendent ce transfert réciproque qu’est l’échange monétaire. Que ce soit pour éteindre une dette, que ce soit pour affirmer un statut ou une position sociale, que ce soit pour établir de nouvelles relations, la monnaie est vue comme indispensable à la vie en société. Pourtant, elle est généralement associée au concept de marché, basé sur la concurrence et la propriété privée, niant ainsi les dimensions de redistribution, de réciprocité et de solidarité, qui peuvent par ailleurs être autant imposées que décidées collectivement. La monnaie symbolise ainsi autant la transformation par le marché que la « Grande transformation » par les décisions politiques (p. 53), les deux logiques pouvant évidemment être présentes au même moment et dans la même organisation. La seconde période, dite moderne, qui correspond à un langage davantage emprunté à la sociologie, correspond largement à la période du capitalisme. La finance, notamment bancaire, correspond pour l’auteur à un nouveau mode d’exploitation. …

Appendices