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Entretiens

Penser l’ESS : de nouvelles perspectives meso ? Un dialogue universitaire France-Quebec entre Nadine Richez-Battesti et Marie-Claire Malo Thinking the Social and Solidarity Economy: New Meso Perspectives? A France-Quebec Academic Dialogue Between Nadine Richez-Battesti and Marie-Claire Malo [Record]

Marie-Claire Malo est professeure honoraire de HEC Montréal (département de management) et membre émérite du Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES). Son approche de l’ÉSS tient à la combinaison de notions classiques, comme la force mobilisatrice d’un projet utopique, et d’outils pratiques tel le modèle de la cohérence stratégique appliqué aux associations, coopératives et mutuelles. Sa trajectoire, valorisant la coproduction, est documentée dans PortailCoop et dans un fonds d’archives. Nadine Richez-Battesti, docteure en sciences économiques, est enseignante-chercheure à Aix-Marseille Université où elle codirige un master en Économie sociale et solidaire. Elle est rattachée au Laboratoire d’économie et de sociologie du travail (LEST-Cnrs) et membre de deux réseaux de recherche internationaux (CIRIEC, EMES). Ses recherches actuelles portent sur les transformations des organisations de l‘ESS et les tensions qui les caractérisent avec un intérêt particulier pour l’innovation sociale, les coopérations territoriales et les enjeux de gouvernance dans le cadre d’une approche néo-institutionnaliste en France et à l’échelle européenne. https://cv.hal.science/nadine-richez-battesti https://lest.fr/fr/equipe/recherche/nadine-richez-battesti Interventions économiques : Ce numéro spécial propose une réflexion autour de l’approche théorique de la méso pour renouveler notre compréhension de l’économie sociale et solidaire (ÉSS) dans sa capacité à instituer une autre régulation porteuse de transformation sociale de l’économie capitaliste dominante. Pour commencer, afin que nous puissions comprendre d’où vous parlez et situer votre parcours intellectuel vers l’ÉSS et la méso : pourriez-vous nous raconter comment vous en êtes venu à travailler avec l'ÉSS ? Nadine Richez-Battesti: Merci de nous donner cette occasion de dialoguer avec Marie-Claire. Ma première rencontre avec l’économie sociale, c’est à la fin de ma maîtrise (master 1 en France aujourd’hui). Je faisais un stage pour recenser des oliviers en Corse, pendant lequel j'ai créé une coopérative d'huile d'olive. Je découvre alors la coopération agricole et je continue mes études avec un diplôme d’études approfondi en économie internationale (ou DEA, équivalent actuel master 2) et un DESS (plus professionnalisé) en aménagement du territoire. Ma deuxième rencontre intervient au début de mon doctorat (1985/1986) lorsque je commence à travailler avec l’un des trois collèges coopératifs, qui dispense des formations, tout au long de la vie, en travail social. Présidé par Maurice Parodi, le Collège Coopératif Provence-Alpes-Méditerranée s’inspire des travaux d’Henri Desroche sur la recherche-action. À ce moment, Maurice s'intéresse à l'Université coopérative internationale (UCI). Il déploie des travaux sur l'économie sociale. Et il nous parle souvent du Québec. J'ai cheminé pendant dix ans avec le Collège où je dirige des formations de travail social, enseigne et guide des mémoires : c'est principalement autour du travail social, mais avec une entrée d'économie sociale et une méthodologie de recherche-action pragmatique. À l'époque, je ne mesure pas encore combien ce parcours allait marquer à la fois ma trajectoire de recherche, ma manière d'enseigner, mon intérêt pour la formation continue, ma façon de concevoir les savoirs des individus que j'ai en face de moi -non uniquement à travers leurs diplômes- mais à travers ce qu'ils portent, ce qu'ils font, leurs pratiques. Pendant tout ce temps, je suis membre d’un laboratoire d'économie internationale où je réalise une thèse sur l'Europe sociale. Je m'intéresse particulièrement aux questions de protection sociale, et de fait aux mutuelles. Ce qui m’amène à développer des liens avec la mutualité en France et en Europe, notamment en Belgique. Et là, c’est ma troisième rencontre avec l’économie sociale, qui se fait par une entrée sur les questions sociales et de solidarité. Je mets en évidence que finalement - on retrouve quelque part ici les travaux de Karl Polanyi, moins connus à l’époque - la construction de la solidarité peut se faire par le marché, par l'État, …

Appendices