Cet entretien a été complété au cours de l’automne 2025, par Justine Ballon et Sylvain Celle, avec Scarlett Wilson-Courvoisier et Nancy Neamtan, deux figures importantes de l’économie sociale et solidaire (ESS) en France et au Québec. Elles nous racontent, à travers leur parcours et leurs engagements, les dynamiques d’institutionnalisation de l’ESS dans ces deux espaces. Cet entretien intéressera ceux et celles qui souhaitent en savoir plus sur l’histoire de l’économie sociale au Québec et de l’économie sociale et solidaire en France. Scarlett Wilson-Courvoisier a travaillé près de 25 ans au sein de la Délégation Interministérielle à l’économie sociale (DIES) qui voit le jour en France en 1981. Ces dernières années, elle s’investit notamment sur la question du rôle et de la place des femmes dans l’ESS. Elle a publié en octobre 2025 Le Matrimoine : ce que nous ont transmis les pionnières de l'ESS (1830-1999). Après un engagement dans le milieu communautaire québécois, Nancy Neamtan participe notamment à la fondation en 1996 du Chantier de l’économie sociale qu’elle dirige jusqu’en 2015. Elle s’est également engagée dans la promotion de l’ESS au niveau international. Elle a publié en 2020 Trente ans d'économie sociale au Québec . Aujourd’hui, elle s’implique dans les mouvements de transition socioécologique à Montréal (Transition en Commun) et au Québec (Multitudes). Interventions économiques : En quelques mots, comment en êtes-vous venues à travailler en économie sociale et solidaire (ESS) ? Scarlett Wilson-Courvoisier : Deux rails ont orienté ma vie professionnelle et militante. Le premier rail fut celui de la fonction publique et du service public donc de l’intérêt général. En effet, j’ai commencé à travailler au ministère de la Jeunesse et des sports, comme chargée de presse en matière d’équipements sportifs et de loisirs. En 1976, il m’est proposé de travailler auprès de Michel Rocard, alors membre du parti socialiste (PS). Un merveilleux hasard. J’y découvre l’intelligence collective, le travail à très « haute dose » et à rythme accéléré, le politique, le milieu politicien, l’humour malicieux de Rocard, son honnêteté intellectuelle. Mon deuxième rail fut celui du politique qui me mènera à l’économie sociale. Dans l’équipe, j’étais en charge de faire fonctionner le secrétariat de Michel Rocard, de coordonner les personnes et les lieux de ses différentes responsabilités : celle de Secrétaire national du parti socialiste en charge du secteur public, puis en 1977, celle de maire de Conflans-Ste-Honorine (ville située en Île-de-France), en 1978, celle de député de la 3e circonscription des Yvelines (département situé en Île-de-France). J’avais également pour mission l’animation permanente des réseaux. Je devais faire remonter les informations du terrain et les problèmes qui s’y posaient, et faire redescendre aux responsables rocardiens ses réponses, consignes et informations. J’organisais également ses déplacements lors de meetings à travers la France. Plus tard, dans les années 90, il me fut demandé de créer un réseau de sympathisants, sympathisantes et/ou de militants, militantes, qui soutenaient sa candidature aux élections présidentielles. Il s’agissait de « convaincre » et d’essaimer les idées de Rocard dans toutes les régions de France. Au sein de l’équipe, François Soulage, s’occupait de l’économie sociale. Il organisait des rencontres entre les responsables et des personnalités importantes des différents mouvements coopératifs, mutualistes et associatifs, et Rocard. Tout au long des années 1970, de multiples débats et échanges ont eu lieu. Cette période était marquée par l’autogestion – avec l’expérience des ouvriers et ouvrières de l’usine de montres LIP, les débats liés à l’économie administrée par l’État, un puissant secteur public et le capitalisme. Dans ce cadre, les soutiens de Michel Rocard furent curieux de comprendre et d’approfondir leurs liens avec l’économie sociale. Sur …

